Bourse : tout va trop bien

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Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes en bourse. Mais attention, une respiration du marché est certainement inévitable à court terme.

Pour l’instant, tout se passe bien en bourse. Quasiment tous les marchés affichent une performance positive depuis le début d’année. Mais on aurait tort de croire que l’année boursière sera un long fleuve tranquille.

Tout va bien, pour le moment

Le protectionnisme de l’administration Trump ne fait pas peur aux marchés financiers, pour le moment. C’est certainement lié au fait que les mesures annoncées sont surtout symboliques et touchent une part marginale du PIB américain (moins de 5%). Conséquence de cela : le rattrapage des marchés européens continue, en particulier les valeurs bancaires et financières. Même le marché boursier américain ne se porte pas trop mal. Les fonds spéculatifs sont toujours à la vente sur les actions américaines. Mais, à chaque excès baissier, on constate que les particuliers se ruent pour acheter des actions américaines décotées, notamment du segment des valeurs technologiques. La surprise de ce début d’année est certainement la bonne performance des actions chinoises. Les flux via Stock Connect qui relie les bourses de Hong Kong et de Shanghai explosent : +67% de transactions quotidiennes en février par rapport à janvier, ce qui confirme un vrai intérêt des investisseurs pour les actions chinoises. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, apparemment.

Est-ce que l’année boursière va être un long fleuve tranquille ?

Pas nécessairement. Le risque n’a pas complètement disparu. Il y un compartiment de marché où il est présent, c’est le marché des changes. La volatilité journalière sur les principales devises connaît une hausse anormale. Prenons la paire GBP/USD (livre sterling/dollar américain). Depuis le début d’année, elle a connu des fluctuations journalières de plus de 1% sur plus de la moitié des séances de trading, contre moins de 20% des séances en 2024. C’est un avertissement clair envoyé à tous les investisseurs qui auraient tendance à croire que la volatilité va demeurer basse sur les actions toute l’année et que la hausse qu’on observe depuis janvier va se poursuivre sans à-coups.

Qu’est-ce qui pourrait coincer ?

La guerre commerciale, des problèmes sur les devises comme ce fut le cas à l’été 2024, ou encore une baisse inattendue de la croissance peuvent être des facteurs conduisant à une correction sur les actions. Mais ça peut également être la géopolitique. L’éventualité d’une résolution prochaine du conflit ukrainien fut un des moteurs de la hausse des actions européennes depuis le début de l’année. Le marché n’est-il toutefois pas trop optimiste ? Les avis sont partagés sur l’effet économique d’un accord de paix. Les estimations d’impact positif sur le PIB de l’Union Européenne vont de 0,1% de hausse à 0,5% dans le cas du scénario le plus optimiste. Évidemment, tout dépend des paramètres de l’accord, et de sa mise en œuvre sur le terrain. Gardons en tête que le consensus Bloomberg estime que la croissance dans l’Union devrait être de 1,1% cette année – donc très faible.

À court terme, l’annonce d’un accord peut provoquer un élan d’optimisme. C’est certain. Mais les problèmes structurels européens liés au manque d’investissement, à la démographie ou encore au fardeau de la dette ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Pire, la question des dépenses de défense pourrait aussi se poser si l’Europe est amenée à jouer un rôle opérationnel pour garantir la paix en Ukraine. Est-elle d’ailleurs en mesure de le faire ? C’est incertain. Si les États-Unis et l’Europe n’offrent pas de garanties de sécurité crédibles à l’Ukraine, la Chine pourrait prendre le relais, en utilisant son influence sur la Russie. Elle pourrait même proposer un meilleur accord que celui de Donald Trump.

L’Ukraine a beaucoup à offrir à Pékin en échange de sa sécurité : reconstruction du pays, vente des ports, accès privilégié aux produits agricoles et aux terres rares. Certains en Europe pourraient même soutenir l’idée d’un engagement plus grand de la Chine dans la résolution du conflit. 

Mais, à la fin, ce serait l’Europe qui en sortirait perdante. La Chine, en tant que protectrice de l’Ukraine, pourrait remplacer les États-Unis dans le rôle de puissance maintenant la Russie hors du flanc oriental. Les pays de l’UE à l’est dépendraient directement de la protection de la Chine, et non plus réellement de celle de l’OTAN, offrant à Pékin une influence sans précédent sur l’avenir du continent européen. 

Il faut donc se garder d’un trop-plein d’optimisme concernant l’hypothèse d’une résolution du conflit ukrainien.

Conclusion

La principale leçon boursière qu’on peut tirer de ce début d’année, c’est qu’il est important de diversifier son épargne géographiquement. Les actions américaines sont incontournables, en raison de l’essor des nouvelles technologies de l’IA. Pour autant, il ne faut pas négliger les actions européennes qui, au cas par cas, peuvent offrir de belles opportunités, comme le montre le secteur bancaire. Après un démarrage très positif des bourses depuis le début du mois de janvier, une respiration du marché paraît en outre inévitable. Elle prendra probablement la forme d’une correction. C’est le cycle de vie normal des bourses. Elle sera peut-être liée à un trop-plein d’optimisme concernant l’Ukraine ou à un autre facteur qui est hors des radars. Ce sera, en tout cas, l’opportunité d’entrer sur le marché pour acheter des actions décotées. Bref, une bonne nouvelle !

L'essentiel à retenir

  • Les actions européennes affichent un excellent démarrage boursier cette année.
  • Attention, une respiration du marché paraît inévitable.
  • Elle sera peut-être liée au trop-plein d’optimisme à propos de la possible résolution du conflit en Ukraine.