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Heard in the Room

8 min de lecture
Le Séminaire institutionnel de Pictet Asset Management s'est tenu le 29 novembre à Genève. Outre les perspectives de marché pour 2025, l'accent a été mis sur la géopolitique, la soutenabilité de la dette ainsi que sur les opportunités offertes par l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) – à la fois comme idée d’investissement et comme outil pour les investisseurs.
Séminaire Institutionnel
Auditoire Charles Pictet
Sébastien Eisinger
Nicole Gnesotto
Anjali Bastianpillai
Gabriele Susinno
Olivier Ginguené
Claude Nicollier
29 novembre 2024

Introduction - Sébastien Eisinger

Sébastien Eisinger, co-CEO de Pictet Asset Management et associé-gérant du groupe Pictet, a ouvert la conférence en relevant quelques évolutions récentes qui devraient perdurer. La corrélation élevée entre les différentes classes d'actifs met l’accent sur le besoin de diversifier les portefeuilles. L’endettement des pays développés est préoccupant, en particulier aux États-Unis, alors que les pays émergents voient leurs notations s’améliorer, grâce à des politiques monétaires et fiscales disciplinées et proactives. Les investisseurs devraient donc intégrer une exposition aux actifs émergents.

Il a relevé d’autres tendances de fond. Les actifs privés procurent une source de diversification et la demande devrait s’accroitre. En ce qui concerne la durabilité, une conviction forte chez Pictet Asset Management, nos échanges avec nos clients nous montrent l’intérêt toujours croissant des investisseurs institutionnels pour les investissements responsables et leur envie d’approfondir leurs connaissances.

Séminaire Institutionnel
Auditoire Charles Pictet
Sébastien Eisinger
Nicole Gnesotto
Anjali Bastianpillai
Gabriele Susinno
Olivier Ginguené
Claude Nicollier
29 novembre 2024

Nicole Gnesotto

Nicole Gnesotto, vice-Présidente de l'Institut Jacques Delors, professeur émérite au CNAM, le Conservatoire national des arts et métiers, a proposé un tour d’horizon géopolitique en abordant cinq grand sujets:

  1. La mondialisation, malgré ses crises actuelles, repose sur des bases solides liées à l'entrée des anciennes économies planifiées dans le marché mondial et à des révolutions technologiques irréversibles. Cependant, elle fait face à deux contraintes majeures : le climat, qui exige une transition énergétique urgente, et la géopolitique, qui fragmente certains secteurs stratégiques en blocs antagonistes, tout en laissant subsister un marché global pour des biens non stratégiques.
  2. L’Union européenne est fragilisée par l’érosion de ses deux piliers fondateurs (le commerce comme pacificateur et le soutien infaillible des États-Unis). Elle affronte une course contre la montre entre son élargissement stratégique et l’adaptation à des crises géopolitiques et économiques rapides. Trois scénarios sont possibles : une Europe atlantique qui accepte toutes les conditions de Trump, une Europe qui se défait complètement, ou un élargissement menant à un rétrécissement à quelques pays pour négocier avec l'administration Trump.
  3. Le Sud global critique l'Occident pour son accaparement des institutions et son hypocrisie. Il est divisé en deux camps : l'entrisme, où certains pays veulent une place juste dans le système occidental, et l'abolitionnisme, comme la Russie qui cherche à détruire l'ordre européen. L'avenir des relations avec le Sud global dépendra des choix de la Chine, tandis que les Occidentaux ont deux stratégies possibles : le "nous d'abord", ou le "tous ensemble".
  4. En ce qui concerne la guerre en Ukraine, les Européens se posent des questions sur l'acceptation d'une négociation favorable à la Russie et sur leur rôle dans le processus, notamment en ce qui concerne les implications pour la souveraineté de l'Ukraine et sa sécurité.
  5. L'avenir de nos démocraties occidentales est en jeu avec la montée du populisme, de l'extrême droite et de l'autoritarisme, tandis que les pays du Sud se réjouissent de cette situation qui force notre remise en question.
Le monde que l'on a connu, ce monde créé par les Occidentaux pour les Occidentaux entre 1945 et 1950, est en train de se défaire.
Séminaire Institutionnel
Auditoire Charles Pictet
Sébastien Eisinger
Nicole Gnesotto
Anjali Bastianpillai
Gabriele Susinno
Olivier Ginguené
Claude Nicollier
29 novembre 2024

Anjali Bastianpillai

L’intelligence artificielle (IA) évolue rapidement. L’IA générative, la dernière innovation dans le domaine, bénéficie des avancées technologiques dans les semi-conducteurs, du développement de l’infrastructure Cloud et des logiciels, ainsi que du soutien des géants du Cloud ou ‘’hyperscalers’’ comme Microsoft, Amazon, Google et Meta. Le marché du Cloud pourrait atteindre 2'000 milliards de dollars d’ici 2030 et il est estimé que 10 à 15% pourrait provenir de l’IA générative. Quant au marché des semi-conducteurs, il devrait atteindre 1'300 milliards de dollars à l’horizon 2030.

Aujourd’hui, l’IA générative est principalement utilisée dans des domaines tels que la publicité en ligne, la cybersécurité, les modèles larges ou ‘’LLMs’’ et les applications industrielles. Les avantages sont évidents : selon une étude de Goldman Sachs de 2023, la croissance économique mondiale pourrait croitre de 7%, principalement à travers des gains en productivité amenés par l’IA générative. Cependant, malgré les progrès réalisés, nous sommes encore très tôt dans le développement des applications de cette technologie et il existe un potentiel significatif pour l'avenir.

Pour les investisseurs, il est important de ne pas se concentrer uniquement sur le secteur de la tech, mais d’explorer les opportunités en lien avec l’IA dans d’autres secteurs. Chez Pictet Asset Management, l’équipe adopte une approche active et sélectionne de manière ‘’bottom-up’’ les entreprises les plus prometteuses. En tant qu’investisseur thématique de long terme et n’étant pas contraint par un index ou un secteur, nous pouvons investir dans toute la chaîne de valeur tout en positionnant notre portefeuille pour saisir les opportunités offertes par les futurs bénéficiaires de l'IA à mesure qu'ils émergent.

L'IA générative peut augmenter le PIB brut mondial de 7 % grâce à des gains de productivité." - Rapport de Goldman Sachs
Séminaire Institutionnel
Auditoire Charles Pictet
Sébastien Eisinger
Nicole Gnesotto
Anjali Bastianpillai
Gabriele Susinno
Olivier Ginguené
Claude Nicollier
29 novembre 2024

Gabriele Susinno

Pour Gabriele Susinno, l'IA générative telle que ChatGPT ne peut pas remplacer les gestionnaires d'investissement, mais elle peut les augmenter.

L’IA a apporté un changement de paradigme car la complexité des modèles est désormais considérée comme une valeur ajoutée plutôt qu'un problème : les modèles d'IA peuvent capturer nuances et variations fines dans les données, ce qui les rend utiles dans le contexte de l'investissement.

Le machine learning peut être utilisé dans l'investissement, en définissant l'objectif, en sélectionnant les données pertinentes et en entraînant le modèle adéquat. On peut par exemple utiliser l’IA pour générer un indice de marché amélioré, ce qui permet de de reproduire les profils de risque du marché sans prendre de paris actifs en termes de style. Cette approche une surperformance stable et distincte par rapport aux approches traditionnelles.

L'IA n’est pas une tendance passagère, mais bien une révolution. Dans son utilisation il faut veiller à ne pas en faire une boite noire, mais plutôt un outil transparent et contrôlable.

L'utilisation de l'IA dans les investissements doit être transparente et compréhensible.

Perspectives de marché pour 2025 – Olivier Ginguené

Olivier Ginguené, CIO multi-actifs a partagé les prévisions économiques et financières pour 2025, en soulignant 3 thèmes clés :

  1. La diversification des portefeuilles est primordiale dans un régime de fortes corrélations entre les classes d’actifs. Se tourner vers des actifs réels tels l’or ou l’immobilier peut protéger les portefeuilles dans un contexte de débasement des monnaies.
  2. La déglobalisation est en marche. Il est important de surveiller les régulations locales et politiques commerciales pourraient restreindre l’accès à des sources de croissance émergentes. Un exemple de solution est d’investir via des sociétés exposées aux marchés émergents.
  3. Le niveau de la dette est préoccupant. Il est important d'avoir suffisamment de liquidité, et de prendre en compte le risque pays dans la structuration des investissements.
Séminaire Institutionnel
Auditoire Charles Pictet
Sébastien Eisinger
Nicole Gnesotto
Anjali Bastianpillai
Gabriele Susinno
Olivier Ginguené
Claude Nicollier
29 novembre 2024

La croissance devrait être stable en 2025, autour des 2.8% à l’échelle mondiale et 1.6% dans les pays développés. L’Europe se reprend tandis que les Etats-Unis reviennent à leur potentiel de croissance. La Suisse devrait connaître une croissance économique positive, estimée à 1,7%. L’inflation devrait rester sous contrôle, grâce à des politiques monétaires accommodantes. Dans les pays développés elle convergera entre 1,5 et 2%.

En revanche les conditions fiscales diffèrent, avec un stimulus aux Etats Unis et en Chine et une consolidation en Europe. Ceci explique que les taux vont probablement baisser plus en Europe, ce qui représente un risque pour le franc suisse. Notre prévision est que les taux suisses baissent d’au moins 50 bps, mais sans devenir négatifs.

Les prévisions de croissance des bénéfices des entreprises sont de l’ordre de 7% à l’échelle mondiale, avec un marché actions mondial également attendu en hausse de 7%. L'impact de la politique protectionniste américaine dépendra de l'implémentation pragmatique des mesures proposées, notamment en matière de tarifs douaniers et d'immigration, qui pourraient avoir un effet positif ou négatif sur les bénéfices selon leur application.

Olivier a conclu avec 4 réflexions. Le secteur financier est celui qui bénéficierait le plus de la dérégulation, en particulier les banques américaines. La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis peut créer des opportunités pour des pays comme l’Inde. Les banques centrales ont tendance à monétiser leurs problèmes économiques ce qui peut entrainer une dépréciation des devises – le franc suisse pourrait devenir une alternative au dollar et s’apprécier. Enfin, le risque de crise de dette souveraine plane. Une telle crise pourrait entrainer des taux négatifs en Suisse et une appréciation du franc suisse.

En ce qui concerne les recommandations d’allocation, nous avons une préférence pour les actions américaines, portées par les bénéfices et l’effet Trump, et pour le secteur financier. Il est recommandé de continuer à hedger. Enfin, l’or peut être considéré comme une couverture pour faire face aux fluctuations potentielles du marché.

Une vraie crise souveraine, ça pourrait être le prochain Covid.
Séminaire Institutionnel
Auditoire Charles Pictet
Sébastien Eisinger
Nicole Gnesotto
Anjali Bastianpillai
Gabriele Susinno
Olivier Ginguené
Claude Nicollier
29 novembre 2024

Claude Nicollier

Astrophysicien et astronaute ayant passé plus de 1000 heures dans l’espace, Claude Nicollier a partagé son expérience unique de quatre missions spatiales dans les années 90, en soulignant l'importance de la préparation et du travail en équipe.

L'évolution des missions spatiales a été marquée par un passage significatif des programmes gouvernementaux à la participation croissante des sociétés privées, comme par exemple SpaceX.

Les perspectives d’exploration spatiale futures sont ambitieuses. Le programme Artemis, dirigé par la NASA en collaboration avec des partenaires internationaux, vise à retourner sur la Lune et à établir une présence durable au pôle sud lunaire. Mr Nicollier a conclu sur la nécessité de protéger notre planète tout en continuant à explorer l'espace, en inspirant les générations futures à rêver et à participer à ces grandes aventures.

Le spatial se porte bien sur le plan géopolitique. Les choses se passent plutôt mal sur la planète Terre, mais le spatial se porte bien.