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De la polémique au feu vert: rendre les centres de données plus intelligents et plus respectueux de l’environnement

Durabilité 8 min de lecture
Confrontés une opposition locale, les développeurs de centres de données se tournent vers des conceptions et des technologies plus efficaces afin de mettre en place l’infrastructure physique nécessaire à l’intelligence artificielle sans imposer une charge excessive aux communautés voisines.

Le développement de l’IA promet de nombreux avantages économiques, notamment une hausse de la productivité. Mais ces bénéfices à long terme sont éclipsés par les coûts à court terme liés à cette expansion.

Étant donné que les centres de données, qui constituent les fondements physiques de l’IA, consomment d’énormes quantités d’eau, d’électricité et de terrain, leur construction se heurte à une vive opposition de la part des populations, qui craignent de devoir en faire les frais.

Aux États-Unis, où se concentrent les trois quarts de la construction mondiale de centres de données en termes de capacité, ce qui n’était au départ qu’une poignée de manifestations locales s’est transformé en un mouvement national de contestation contre les centres de données, qui transcende les clivages politiques. Les États-Unis prévoient d’accueillir 17 GW sur les 23,1 GW de capacité en cours de construction dans le monde. https://about.bnef.com/insights/data-centers/ai-data-center-build-advances-at-full-speed-five-things-to-know/

Plus de 20 projets de centres de données ont été annulés au premier trimestre 2026, un rythme trimestriel record, après 20 retraits sur l’ensemble de l’année dernière, parmi lesquels figuraient le site de Microsoft à 3,3 milliards de dollars dans le Wisconsin et le déploiement de QTS à 30 milliards de dollars dans l’Indiana.

Par ailleurs, une dizaine d’États ont mis en place des restrictions concernant la construction de nouvelles installations, tandis que d’autres envisagent d’adopter des mesures législatives visant à mettre un terme définitif à l’«invasion» des centres de données.https://www.interconnectedcapital.com/research/data-center-moratoriums

Par conséquent, seule la moitié environ de la capacité prévue pour les deux prochaines années devrait être mise en service.https://www.goldmansachs.com/insights/articles/us-data-center-power-demand-projected-to-double-by-2027

Un changement aussi rapide du sentiment de l’opinion publique contraint les développeurs et les exploitants à repenser la conception de leurs installations et à adopter des technologies permettant de réduire la pression sur les ressources locales.

Cela passe par le déploiement de microréseaux pour alléger la pression sur les services publics locaux, l’association d’énergies renouvelables à des systèmes de stockage d’énergie sur batterie afin de lisser les pics de demande, et la mise en place de dispositifs de recyclage de l’eau pour réduire la concurrence avec les utilisateurs résidentiels et agricoles.

Pour les investisseurs, cette réaction hostile ouvre des perspectives au-delà du secteur technologique, car la demande s’accroît pour les entreprises qui proposent des solutions permettant aux exploitants de centres de données de réduire leur empreinte environnementale afin de s’attirer le soutien des populations locales et d’obtenir les autorisations nécessaires.

«500 ml par réponse»

La résistance de la population aux projets industriels n’est pas un phénomène nouveau. Beaucoup se souviennent sans doute d’Erin Brockovich, la militante écologiste incarnée par Julia Roberts dans le film de 2000, qui a mené une bataille juridique contre la contamination de l’eau à Hinkley, en Californie, et obtenu un dédommagement de 333 millions de dollars de la part d’un géant des services publics, ce qui constituait alors la plus importante indemnisation jamais versée dans ce type d’affaire.

Trois décennies plus tard, Brockovich est de retour, et cette fois-ci, elle s’en prend aux centres de données dédiés à l’IA.

Elle a lancé une carte collaborative qui aide les communautés à suivre en temps réel leur expansion rapide, qui mobilise d’importantes ressources. Brockovich n’est pas opposée aux centres de données en tant que tels, ce qui la préoccupe, c’est le manque de transparence et l’impact environnemental des procédures d’autorisation et de construction de ces installations.

Selon les experts du secteur, l’opposition de l’opinion publique liée à l’empreinte croissante des centres de données en termes de ressources constitue désormais le risque le plus important pour les projets aux États-Unis. Les exploitants ont donc tout intérêt, d’un point de vue commercial, à consacrer une partie des 3 300 milliards de dollars qu’ils avaient réservé pour des projets d’investissement dans l’IA jusqu’en 2029 à des conceptions et des technologies plus intelligentes, afin de réduire l’impact environnemental et d’améliorer l’efficacité.BNEF

Les mesures d’efficacité peuvent réduire la pression sur les ressources locales, ce qui est essentiel pour obtenir le soutien de la population locale, tout en aidant les exploitants à maintenir leur croissance.

Il est particulièrement important de réduire la consommation d’eau. Un centre de données classique utilise 1 200 000 litres d’eau par jour pour refroidir ses serveurs et autres équipements, ce qui équivaut à la consommation d’environ mille foyers. Pour les grandes installations, cela peut atteindre 20 millions de litres par jour, soit suffisamment pour approvisionner une ville de 50 000 habitants.https://www.brookings.edu/articles/ai-data-centers-and-water/

Il est inquiétant de constater que la demande en eau devrait être multipliée par plus de huit dans les années à venir, à mesure que de nouvelles installations seront mises en service, chacune nécessitant une puissance de calcul accrue pour répondre aux besoins de l’IA.https://www.ceres.org/resources/reports/drained-by-data-the-cumulative-impact-of-data-centers-on-regional-water-stress Une étude estime qu’un modèle tel que ChatGPT «boit» réellement une bouteille d’eau de 500 ml pour chaque série de 10 à 50 réponses de longueur moyenne.https://arxiv.org/pdf/2304.03271

Pour aggraver encore la situation, la recherche d’une énergie renouvelable bon marché pousse le secteur à implanter ses centres de données dans des régions ensoleillées mais arides, telles que l’Arizona et le Texas. Cela crée un compromis difficile entre l’eau et le carbone: les sites disposant d’une énergie renouvelable abondante peuvent contribuer à réduire les émissions de carbone, mais ils peuvent également accentuer la pression sur les ressources en eau locales, déjà mises à rude épreuve. Plus de 60% des quelque 800 sites prévus aux États-Unis devraient être construits dans des régions touchées par la sécheresse, où se trouvent déjà de nombreux centres existants.https://www.theguardian.com/US-news/2026/jun/08/datacenter-ai-drought-water

Pour atténuer ces risques, les centres de données se tournent vers des technologies de refroidissement plus efficaces qui sont déjà disponibles. Par exemple, le refroidissement par liquide leur permet de gérer des charges thermiques plus élevées et de fonctionner en permanence. Des systèmes de collecteurs en rack distribuent le liquide de refroidissement à travers une colonne centrale en acier inoxydable dotée d’orifices parallèles, garantissant ainsi un refroidissement homogène.

D’autres exploitants utilisent des eaux usées traitées et de l’eau de pluie. Amazon, par exemple, a étendu l’utilisation d’eau recyclée dans ses centres de données, passant de 24 sites aux États-Unis à 120, ce qui, selon l’entreprise, permettra d’économiser 2 120 millions de litres d’eau chaque année.

L’entreprise prévoit de rendre l’exploitation de ses centres de données «positive en eau» d’ici 2030, après avoir déjà amélioré son rendement d’utilisation de l’eau de 40% pour atteindre 0,15 litre par kilowattheure de charge informatique, soit la moitié de la moyenne du secteur, qui s’élève à 0,36 litre par kilowattheure.https://sustainability.aboutamazon.com/stories/just-back-from-weftec-why-does-ai-use-water et https://escholarship.org/uc/item/32d6m0d1

D’autres mesures visant à améliorer l’efficacité, notamment la conception de centres de données intelligents qui s’adaptent en permanence à la charge de travail grâce à des accélérateurs à puces d’IA et à des processeurs à faible consommation, permettent de réduire la pression sur les ressources locales. C’est essentiel pour s’assurer le soutien de la population locale, tout en aidant les exploitants à maintenir leur croissance.

Alimenter l’IA sans surcharger le réseau

La consommation d’électricité constitue un autre problème. À l’échelle mondiale, la consommation d’électricité des centres de données a augmenté de 12% par an au cours des cinq dernières années, et devrait doubler pour atteindre 945 térawattheures (TWh) d’ici 2030.https://www.iea.org/reports/energy-and-ai/energy-demand-from-ai

À mesure que l’IA accélère le déploiement de serveurs hautes performances, les contraintes pesant sur les systèmes électriques deviennent de plus en plus visibles.

Aux États-Unis, où la consommation d’électricité liée à l’IA a triplé, passant de 30 TWh en 2014 à 100 TWh en 2023, United States Data Center Energy Usage Report: 2025 Update, Laboratoire national Lawrence-Berkeleyles coûts de l’électricité ont augmenté de 42% durant les cinq dernières années, dépassant la hausse de 29% de l’indice des prix à la consommation global.https://www.brookings.edu/articles/confronting-and-addressing-rising-energy-bills-linked-to-data-centers/

Conscient que les coûts énergétiques représentent un sujet politique particulièrement sensible, le président Donald Trump a lancé en mars 2026 le «Ratepayer Protection Pledge», qui vise à protéger les consommateurs contre les hausses des prix de l’électricité en imposant aux entreprises technologiques de prendre en charge les coûts liés à l’alimentation des centres de données dédiés à l’IA.

La moitié des États américains ont introduit, adopté ou promulgué des classes tarifaires spéciales pour les grands consommateurs d’énergie, certains d’entre eux exigeant que les centres de données financent des améliorations des infrastructures et démontrent les avantages pour les consommateurs.

Parallèlement, les hyperscalers prennent les choses en main en investissant dans la modernisation de leurs infrastructures électriques et dans des solutions énergétiques intelligentes. Cela comprend la mise en place de micro-réseaux – un réseau localisé qui produit, stocke et distribue de l’énergie°–, de sous-stations haute tension, ainsi que de solutions de puissance de transition et de puissance rapide, telles que des générateurs de secours et des piles à combustible.

Les énergies renouvelables et les systèmes de stockage d’énergie sur batterie devraient également bénéficier d’investissements accrus. Les exploitants de centres de données devraient intensifier leurs achats d’énergie verte: les hyperscalers représentaient déjà plus de la moitié des contrats d’achat d’énergie propre l’année dernière et ont collectivement acquis un volume record de 28 GW d’énergie propre en 2025.

Malgré la polémique grandissante, les projets en cours aux États-Unis laissent entrevoir une implantation des centres de données bien plus importante, qui pourrait représenter plus que double de celle d’aujourd’hui si ces plans sont menés à bien.https://cleanview.co/data-centers/US

Un examen plus approfondi ne mettra pas fin à cet essor, mais il devrait modifier les plans d’allocation des capitaux, obligeant les exploitants à investir plus rapidement dans des systèmes avancés de traitement de l’eau et de refroidissement, dans une conception plus intelligente, dans les énergies durables et dans les infrastructures de réseau.