«Épuisé!» «En rupture de stock!» Alors que les températures à Genève ont atteint des records cet été, ma recherche effrénée d’un climatiseur s’est avérée vaine, la demande dépassant largement l’offre.
Cette demande en solutions de refroidissement devrait connaître une croissance exponentielle dans les années à venir, non seulement pour refroidir nos logements et nos bureaux dans un monde de plus en plus chaud, mais aussi pour refroidir un nombre croissant de centres de données qui alimentent la révolution de l’IA.
L’offre doit s’intensifier, ce qui ouvrirait la voie à l’innovation et créerait des opportunités d’investissement intéressantes.
La vague de chaleur qui a frappé l’Europe au début de l’été a entraîné des températures supérieures de 5 à 12 degrés à la moyenne saisonnière dans les grandes villes, causant environ 25 000 décès. Aux États-Unis, la situation était similaire, avec des alertes canicule et des coupures de courant qui ont marqué le jour férié du 4 juillet.
Le coût croissant de la canicule
Et pourtant, l’Europe affiche l’un des taux de pénétration de la climatisation les plus faibles au monde: moins d’un foyer sur quatre est équipé de cette technologie, contre environ 90% aux États-Unis.https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/share-of-households-equipped-with-air-conditioner-by-region-2015-2025Dans l’ensemble, près de 40% de la population mondiale a accès à la climatisation, et le double de cette part a besoin de rafraîchissement pendant au moins une partie de l’année, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Il va falloir que cela change. À mesure que la planète se réchauffe, les appareils de climatisation ne sont plus seulement des objets de confort et de luxe; ils sont de plus en plus considérés comme des éléments indispensables à la survie. La chaleur a un impact sur la productivité, comme beaucoup d’entre nous peuvent en témoigner après avoir essayé de travailler pendant la vague de chaleur sans climatisation.
Les phénomènes météorologiques extrêmes ont coûté à l’économie mondiale environ 2 000 milliards de dollars au cours de la dernière décennie, et si aucune mesure n’est prise, la seule hausse des températures pourrait entraîner une perte de plusieurs milliers de milliards de dollars de productivité mondiale par an d’ici 2030.
Selon une étude de l’Organisation météorologique mondiale, la productivité des travailleurs diminue de 2 à 3% pour chaque degré au-dessus de 20°C.https://wmo.int/resources/publication-series/climate-change-and-workplace-heat-stress/climate-change-and-workplace-heat-stress
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80% de la population mondiale a besoin de systèmes de refroidissement pendant au moins une partie de l’année
Investir dans l’adaptation grâce au refroidissement
Les perspectives positives liées aux solutions d’adaptation sont toutefois tout aussi remarquables. Le Global Centre on Adaptation estime qu’un investissement de 1 800 milliards de dollars à l’échelle mondiale d’ici 2030 pourrait générer environ 7 000 milliards de dollars de retombées économiques, sociales et environnementales.
L’adaptation au changement climatique revêt de multiples facettes, qu’il s’agisse de rendre nos infrastructures et nos réseaux électriques plus résistants aux intempéries ou d’utiliser des capteurs, des drones et l’intelligence artificielle pour prévenir les incendies. Mais la régulation de la température joue un rôle essentiel: nous avons besoin de bâtiments et d’installations qui garantissent la sécurité et le bien-être des personnes, des équipements et des données qu’ils abritent.
L’écart entre les besoins en refroidissement et la capacité de refroidissement est important. Pour le combler efficacement, sans alourdir davantage la charge du réseau, nous avons besoin d’une nouvelle génération de solutions de gestion thermique à haut rendement destinées aux logements, aux hôpitaux, aux écoles et aux centres de données.
Le secteur du chauffage, de la ventilation et de la climatisation (CVC) est un secteur en forte croissance, qui offre de nombreuses opportunités intéressantes en matière d’innovation et d’investissement. Ce n’est pas un hasard si la récente introduction en bourse de Madison Air, d’un montant de 2,2 milliards de dollars, a été l’une des plus importantes du secteur industriel de l’histoire des États-Unis.
Le chauffage et la climatisation représentent jusqu’à 60% de la consommation énergétique totale d’un bâtiment. Il est donc essentiel d’améliorer l’efficacité dans ce domaine pour atteindre à la fois les objectifs de réduction des émissions de carbone et ceux d’adaptation au changement climatique. Partout dans le monde, les villes qui intègrent la notion de résilience dans leurs stratégies de décarbonation seront mieux positionnées pour atteindre leurs objectifs climatiques, attirer des capitaux à long terme et préserver le bien-être de leurs habitants à mesure que la volatilité climatique s’intensifie.
Parallèlement, le développement des centres de données basés sur l’IA fait grimper la densité des racks et les charges électriques au-delà de ce que le refroidissement par air classique peut supporter, ce qui accélère la transition vers le refroidissement par liquide. À lui seul, le sous-marché des systèmes CVC destinés aux centres de données devrait plus que doubler pour atteindre 32 milliards de dollars d’ici 2032.https://www.marketsandmarkets.com/PressReleases/data-center-thermal-management.asp
Conjuguées, la demande liée au changement climatique et celle générée par les centres de données alimentés par l’IA transforment les solutions CVC d’une catégorie cyclique en un enjeu structurel s’étendant sur plusieurs années.
L’été 2026 a clairement montré que l’adaptation n’est plus une mesure de prévention face à un risque futur, mais une réponse à un risque actuel. La demande envers les entreprises qui renforcent la résilience de l’économie mondiale, tant au niveau du réseau électrique que de l’environnement bâti, devrait selon nous augmenter dans les années à venir.