Beaucoup d’agitation, de craintes mais finalement peu d’effets sur les places financières. Les remous au Moyen-Orient nous rappellent que la géopolitique engendre beaucoup de bruit mais peu d’impact durable. En revanche, la baisse du dollar constitue un vrai problème – trop négligé actuellement.
Beaucoup de bruit pour pas grand-chose
Ces dernières semaines ont été rythmées par le risque géopolitique en raison des tensions au Moyen-Orient. À en croire certains analystes, nous avons évité le pire : blocage du détroit d’Ormuz où transite 20% du pétrole mondial et éventuelle 3ème guerre mondiale (nous caricaturons à peine). En réalité, c’était beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Depuis les années 1970, Téhéran a menacé à 15 reprises de bloquer le détroit. Mais sans jamais mettre à exécution sa menace. Pourquoi ? C’est techniquement compliqué – distance de 31 km. En outre, ce n’est pas dans l’intérêt de l’Iran car cela va surtout pénaliser son économie et son client principal, la Chine, qui est dépendant de cette voie maritime pour les hydrocarbures. C’est donc une menace en l’air.
On a tendance à beaucoup parler de géopolitique en bourse. En réalité, l’impact sur les actions, les devises et les matières premières est généralement faible. À court terme, on assiste souvent à des achats d’outils de couverture pour se protéger contre la volatilité (par exemple des options call sur le VIX par les professionnels), à un repli sur les valeurs refuge (l’or, parfois le dollar, le yen et le franc suisse), potentiellement à une flambée de l’énergie (comme à l’occasion du déclenchement de la guerre en Ukraine) et à une hausse des actions des entreprises de la défense. Ce n’est cependant pas systématique. Les remous récents au Moyen-Orient ont certes provoqué des pics très éphémères sur le pétrole mais les autres marchés sont restés plutôt impassibles – en plein conflit, la bourse de Tel Aviv a même atteint un point haut historique !
Pourquoi ?
Les études sur l’effet du risque géopolitique montrent que les marchés aiment se faire peur. L’étude de référence de Guidolin et La Ferrara, publiée en 2010, analyse 28 conflits internationaux et leur impact sur l’indice boursier MSCI World. C’est sans appel. Deux ont provoqué une réaction négative importante des actions tandis que trois, dont la guerre en Irak en 2003, ont entraîné une hausse des actions. Dans une large majorité des cas, les conflits militaires ont eu un effet proche de zéro sur les actions. Cela vaut aussi pour les matières premières et les devises. Après une phase de forte volatilité, les prix ont tendance à revenir rapidement à la moyenne.
Morale de l’histoire : lorsque la géopolitique est sur le devant de la scène, mieux vaut faire le dos rond en bourse et attendre que la tempête se calme.
Le vrai risque de l’année
Selon nous, nul besoin d’avoir des nuits blanches à cause de la géopolitique. Le vrai problème pour un épargnant, c’est la faiblesse du dollar – un sujet qui est sous les radars, malheureusement.
Selon le rapport hebdomadaire du régulateur américain publié le 23 juin, les gestionnaires de fond n’ont jamais été aussi vendeurs sur le dollar de l’histoire. C’est un record. Tout le monde s’attend à ce que la devise américaine continue de faiblir dans les mois à venir. En cause, les problèmes de gouvernance aux États-Unis, les inquiétudes à propos de la guerre commerciale et les incertitudes concernant le budget. La baisse du dollar pose un sérieux problème aux investisseurs. Historiquement, un Européen qui investissait aux États-Unis n’avait pas besoin de couvrir son risque de change. La volatilité de l’EUR/USD était limitée. Ce n’est désormais plus le cas. La paire a chuté de – 11%* depuis le début d’année, impactant d’autant les performances des fonds sur les actions américaines. Malheureusement, ce n’est certainement pas fini. Les contrats à terme sur l’EUR/USD, qui donnent le pouls du marché, prévoient une baisse jusqu’à 1,20 voire au-delà en fin d’année – soit une dépréciation supplémentaire d’au moins +5%.
On le sait bien, les prévisions sur le taux de change sont toujours volatiles et peu fiables, même à trois mois. En revanche, Il est rare qu’on constate une telle défiance pour le dollar qui est la monnaie la plus échangée au niveau mondial et la devise de réserve internationale. Il est trop tôt pour savoir si le déclin du dollar est conjoncturel ou structurel. Certains analystes évoquent un bear market séculaire pour le dollar (marché structurellement baissier). C’est un peu exagéré en l’état actuel des connaissances.
Notre avis : le dollar va certainement continuer de baisser, particulièrement face à l’euro. Une paire EUR/USD proche de 1,20 d’ici la fin de l’année n’est pas impossible. D’où la nécessité, si vous détenez des actifs libellés en dollar, en particulier des actions, d’envisager une couverture du taux de change. Le coût de cette couverture est proche de 2,5% actuellement. C’est certainement le plus sage à faire en ce moment, au regard de l’incertitude élevée concernant la trajectoire du dollar.
L'essentiel à retenir
- La géopolitique suscite beaucoup d’intérêt. Mais son effet sur les actions est faible.
- Cet été, il faut surtout se préoccuper de l’évolution du dollar.
- Envisager une couverture de taux de change peut s’avérer utile si vous êtes exposés aux actions américaines.
*en date du 24 juin 2025.