Les épargnants français sont traditionnellement surexposés aux actions françaises. Ce n’est pourtant pas le choix le plus opportun afin d’obtenir le rendement le plus élevé. Explications.
Diversifier
Le maître-mot lorsqu’on commence à épargne, c’est diversifier – à la fois au niveau des classes d’actifs (actions, obligations, dette d’entreprises, immobilier, matières premières etc.) et au sein de chaque classe d’actifs (par exemple : actions européennes, actions américaines, actions des pays émergents etc.). Habituellement, un épargnant a tendance à être surexposé aux actions françaises, notamment en raison des avantages fiscaux offerts par certains produits d’épargne, comme le PEA. Et il place le reste de son capital sur d’autres zones géographiques – en général le marché boursier américain. C’est une erreur si on s’intéresse à la performance pure de son placement. C’est le contraire qu’il faudrait faire !
Le match entre les actions françaises et les actions américaines
Dans une étude passionnante sur l’évolution des actions françaises depuis 1854, le chercheur David Le Bris montre que les actions françaises sous-performent les actions américaines sur la durée. Cela s’est même accentué à partir de 1914. Il explique cet écart par la surreprésentation des entreprises de services et la quasi-absence des entreprises industrielles dans l’indice parisien CAC 40. Habituellement, les entreprises industrielles sont plus promptes à innover, à obtenir des gains de productivité et à afficher de confortables marges qui vont soutenir la croissance des cours de bourse. Malheureusement, le poids de l’industrie dans le CAC 40 a toujours été faible. L’apogée a été atteint en 161 avec dix entreprises du secteur représentées, parmi lesquelles Saint Gobain et Péchiney. Le point bas fut en 1892 avec aucune industrie présente au sein de l’indice…alors que le monde occidental était en plein cœur de la seconde révolution industrielle. Édifiant ! La situation actuelle n’est guère plus réjouissante. Les entreprises de services, en particulier du luxe, dominent l’indice tandis que l’industrie est la portion congrue. Pire, certaines entreprises industrielles sont en piteux état, comme Atos. Évidemment, la composition sectorielle de l’indice ne suffit pas, à elle-seule, à expliquer la sous-performance chronique du CAC 40. D’autres facteurs entrent en compte : la profondeur et la liquidité du marché, la présence d’une base large d’investisseurs institutionnels et de particuliers, la réglementation verte ou encore la fiscalité. Mais c’est révélateur.
Quelle leçon en tirer ?
Pour trouver du rendement, il faut certainement regarder du côté de la bourse américaine, par exemple via des fonds actions, y compris des fonds thématiques, qui permettent d’être exposés aux indices américains. C’est, par exemple, le bon moyen pour capturer la thématique de l’intelligence artificielle qui, depuis deux ans, est la lame de fond de la hausse de l’indice Nasdaq. Nvidia, première capitalisation de la bourse américaine et qui est l’entreprise-phare dans ce domaine, a vu son cours de bourse augmenter de 200% depuis le début d’année. À l’inverse, la première capitalisation française, LVMH, est en baisse de 18% sur la même période du fait de sa forte exposition à l’économie chinoise qui est au ralenti depuis deux ans. Il est probable que l’élection du républicain Donald Trump accentue encore l’écart de performance boursière entre les deux bords de l’Atlantique. Il prévoit de baisser la fiscalité des entreprises de 21% à 15%. Il l’avait déjà baissé en 2017, ce qui avait permis un bon de l’investissement, en particulier dans le domaine clé de l’intelligence artificielle. Il y a fort à parier qu’une nouvelle diminution du poids de la fiscalité conforte l’avance des entreprises américaines dans la révolution industrielle en cours. En Europe, particulièrement en France, on évoque plutôt une hausse de la fiscalité sur les entreprises…
Quelles attentes pour 2025 ?
Le consensus des analystes prévoit une croissance des bénéfices par action pour les entreprises du CAC 40 de 9% l’an prochain. C’est peu par rapport aux dernières années. Mais c’est certainement encore très optimiste au regard des risques liés à la Chine et à la guerre commerciale qui devrait éclater entre les États-Unis et l’Europe avec les secteurs pharmaceutique, automobile et des spiritueux en première ligne. Le risque de déception est élevé. Il est fort probable qu’en 2025, la bourse française soit encore très en retard par rapport à la bourse américaine. Maintenant, vous savez ce qu’il vous reste à faire…
L'essentiel à retenir
- Historiquement les actions françaises sous-performent les actions américaines.
- C’est lié entre autres au faible poids de l’industrie dans l’indice.
- L’année 2025 devrait confirmer cette tendance en raison de l’impact de la Chine et de la guerre commerciale sur les entreprises françaises.