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Chauffer chez soi, pas la planète

Technologie 10 min de lecture
La décarbonation de nos systèmes de chauffage et de refroidissement est une étape clé vers la neutralité carbone. Les systèmes de chauffage urbain et les pompes à chaleur alimentés par de l’électricité renouvelable pourraient être la réponse.

Alors que le changement climatique provoque des températures et des conditions météorologiques toujours plus extrêmes, le confort et la productivité de la population dépendront davantage des systèmes de contrôle de la température. C’est pourquoi il est d’autant plus urgent de décarboner ces derniers en utilisant des énergies renouvelables et des technologies plus efficaces.

Le secteur du chauffage et du refroidissement accuse du retard dans la transition vers l’abandon des carburants fossiles.

Actuellement, il représente environ la moitié de la consommation d’énergie finale mondialehttps://www.irena.org/Innovation-landscape-for-smart-electrification/Power-to-heat-and-cooling/Statuset 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serrehttps://www.weforum.org/stories/2022/02/heating-up-and-cooling-down-climate-innovation/, car il dépend fortement du charbon, du pétrole et du gaz naturel. Cela est en partie dû aux variations de la demande causées par les changements de température au jour le jour et au gré des saisons. Ce problème est aggravé par le fait que les particuliers et les entreprises sont réticents à payer plus cher pour des systèmes de chauffage et de refroidissement plus durables. De fait, investir dans une nouvelle chaudière est moins un signe extérieur de statut social qu’une nouvelle voiture électrique rutilante.

«De manière générale, les sources d’électricité renouvelables ont été plutôt bien adoptées, mais cette adoption stagne dans le domaine du chauffage et du refroidissement, ce qui est inquiétant, car ce secteur est un élément de poids dans la transition», déclare Aurélie Beauvais, directrice générale d’Euroheat & Power, une association européenne qui promeut des solutions durables de chauffage et de refroidissement urbains.

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Un chauffage urbain alimenté par des pompes à chaleur

La combinaison de deux technologies fondamentales peut contribuer à décarboner ce secteur. Les systèmes de chauffage urbain jouent un rôle crucial dans la régulation de la température dans de nombreux pays, notamment le Danemark, la Finlande et la Suède.

Ils reposent sur des infrastructures collectives, où la chaleur ou l’air froid est généré dans une source d’énergie centralisée, puis distribué aux résidents et aux industries de la zone qu’ils couvrent. Les systèmes collectifs sont nettement plus sobres du point de vue énergétique que les systèmes individuels. Ils peuvent en effet consommer jusqu’à moitié moins d’énergie pour le chauffage et le refroidissement que les approches standard. Les principaux gains d’efficacité proviennent des systèmes connectés à des sources d’énergie renouvelable à grande échelle, comme les parcs éoliens.

Ces systèmes ont aussi l’avantage de pouvoir récupérer la chaleur excédentaire, autrement dit de pouvoir puiser la chaleur émise par d’autres processus et la réutiliser comme énergie.

«Les processus de refroidissement dans les environnements urbains, tels que les entrepôts frigorifiques, les supermarchés et les centres de données, émettent tous beaucoup de chaleur qui peut être exploitée comme source de chauffage», explique Aurélie Beauvais. «L’attrait de cette méthode est qu’elle utilise une ressource qui serait autrement gaspillée, ce qui est un très bon point en termes de circularité.»

Cela nous amène à la deuxième technologie cruciale: les pompes à chaleur. Mises au point pour la première fois au 19e siècle, elles redistribuent la chaleur d’un endroit, comme les aérations d’un centre de données, pour la concentrer dans un autre, comme le radiateur d’une maison. Elles peuvent également effectuer le processus en sens inverse pour baisser la température.

«C’est la technologie de chauffage la plus répandue et la plus efficace jamais inventée», déclare Jan Rosenow, responsable et directeur du programme européen du Regulatory Assistance Project, une organisation non gouvernementale visant à faire progresser l’innovation politique dans le secteur de l’énergie. «La combustion d’un combustible entraîne toujours des pertes d’énergie, donc il est impossible de dépasser plus de 100% d’efficacité. De leur côté, les pompes à chaleur déplacent et compriment la chaleur qui se trouve déjà dans l’air, le sol ou l’eau, et la transportent là où elle est nécessaire.»

En prélevant les calories de l’environnement, les pompes à chaleur peuvent produire trois fois plus d’énergie que la puissance nécessaire à leur fonctionnement, soit un rendement de 300%.

Les grands modèles peuvent servir de source d’énergie pour un réseau de chauffage urbain; de même, les pompes individuelles peuvent être placées dans des maisons ou des entreprises qui ne peuvent pas être raccordées à une infrastructure commune, p. ex. dans les zones rurales. Selon Jan Rosenow, en Scandinavie, les pompes à chaleur sont déjà la solution de chauffage standard pour les maisons non raccordées aux réseaux de chauffage urbain.  

Les pompes à chaleur sont «la technologie de chauffage la plus répandue et la plus efficace jamais inventée.»

Changer les habitudes des consommateurs

Malgré ces succès, il existe toujours des obstacles à l’adoption plus large du chauffage urbain et des pompes à chaleur. Les municipalités devront soutenir leur démocratisation avec des stratégies de planification complètes et des programmes efficaces d’octroi de licences et de permis. Mais le plus grand défi réside peut-être dans la popularisation des pompes à chaleur domestiques. Toutefois, les coûts initiaux élevés dissuadent les propriétaires d’investir dans cette technologie malgré ses avantages en termes d’efficacité à long terme.

«Les gens ne sont pas disposés à remplacer leur appareil de chauffage s’il n’est pas cassé, et quand c’est le cas, ils optent pour l’option la moins chère et la plus facile, qui utilise encore souvent des carburants fossiles», indique Aurélie Beauvais. «Cette réticence du côté des consommateurs effraie les décideurs politiques.»

Pour surmonter cet obstacle, les gouvernements devront créer des incitations financières pour compenser la facture initiale, avec des politiques de soutien au niveau local et national.

«Vous ne pouvez pas adopter de lois qui disent aux gens ce qu’ils doivent faire dans leur propre maison, sauf si vous leur offrez une incitation, comme des subventions directes, et si vous réduisez le prix de l’électricité par rapport aux carburants fossiles», explique Jan Rosenow. «Il faut créer un environnement dans lequel opter pour une pompe à chaleur s’accompagne d’économies réelles pour les consommateurs.»

Il se peut que la demande pour cette technologie soit déjà plus élevée qu’elle ne le semble à première vue. Bien que les ventes de pompes à chaleur aient baissé dans certaines régions d’Europe en 2023,https://www.carbonbrief.org/guest-post-heat-pumps-gained-european-market-share-in-2023-despite-falling-sales/ ces données ne dressent pas un tableau complet de la situation. Le marché global du chauffage a baissé et les pompes à chaleur ont en fait augmenté leur part de marché par rapport aux systèmes de chauffage à carburant fossile. Cela suggère qu’il y a un intérêt croissant pour ce type d’équipement et qu’elles deviennent une option de plus en plus courante pour chauffer et refroidir les nouveaux bâtiments.

L’électricité, l’avenir pour les villes intelligentes

La politique commence à accélérer cette transition. En Europe, le paquet de propositions «Fit for 55», visant à atteindre les objectifs climatiques de la zone pour 2030, comprend une directive visant à augmenter l’efficacité énergétique de 11,7% d’ici la fin de cette décennie. Chaque ville de plus de 45 000 citoyens devra élaborer un plan de chauffage et de refroidissement en vertu de cette directive sur l’efficacité énergétique. Ce processus de planification est une opportunité pour les villes de repenser leurs systèmes énergétiques et d’identifier les ressources locales, telles qu’un entrepôt générant une chaleur inutilisée qui peut être exploitée pour décarboner le chauffage et le refroidissement. Ainsi, la ville de Gand, en Belgique, a constaté qu’une usine de savon située près du centre-ville émettait de précieuses quantités de chaleur résiduelle via ses eaux usées et a récupéré cette chaleur pour alimenter un quartier voisin.

«Le processus d’analyse des plans de chauffage et de refroidissement permettra à de nombreuses villes de mieux comprendre où elles peuvent générer des gains d’efficacité énergétique», explique Aurélie Beauvais. «Mais comme les villes ont des capacités et des budgets limités, il est toujours préférable d’avoir un cadre national qui offre des incitations supplémentaires.»

À cette fin, le plan européen comprend également un Fonds social pour le climat qui soutient les ménages et les entreprises dans leur transition vers les énergies renouvelables dans leurs bâtiments, conformément aux stratégies climatiques nationales. La France a mis en place un Fonds Chaleur afin d’aider les villes et les collectivités locales à financer leurs projets de chauffage urbain.

Dans les pays qui ont mis en place des incitations à l’énergie propre depuis longtemps, comme la Finlande, les pompes à chaleur et le chauffage urbain sont prédominants dans les nouveaux bâtiments. «Il est assez facile de le rendre obligatoire dans les nouveaux bâtiments», souligne Jan Rosenow. «Lorsqu’il s’agit de rénover des bâtiments anciens, il faut annoncer un plan bien à l’avance, communiquer avec les personnes responsables de sa mise en œuvre et offrir un soutien financier et des exemptions si nécessaire.»

Même aux États-Unis, où il n’existe pas de plan national similaire, New York dispose de l’un des plus grands réseaux de chauffage urbain au monde, et les ventes de pompes à chaleur ont dépassé celles de chaudières à gaz pour la première fois en 2022, signalant un changement culturel lent, mais qui s’accélère.

Les grandes entreprises ne sont pas en reste. Alors que le marché des pompes à chaleur était traditionnellement dominé par de petits acteurs, de grandes entreprises comme Octopus au Royaume-Uni proposent des remises sur les pompes à chaleur. L’installateur de chauffage allemand Thermondo a développé une option de location de pompes à chaleur pour les personnes qui cherchent à remplacer leurs chaudières, mais qui sont découragées par le coût.

«Les coûts doivent encore baisser sur certains des marchés moins matures, mais les lignes bougent beaucoup en matière d’innovation, de parcours des consommateurs et d’efficacité, ce qui signifie probablement que des réductions de coûts sont à prévoir», explique Jan Rosenow.

Infos investissement

  • Alors que le monde se dirige lentement vers les objectifs de neutralité carbone, les pompes à chaleur feront probablement partie de la solution. En utilisant des énergies renouvelables, elles peuvent chauffer nos maisons et nos bureaux en émettant beaucoup moins que les chaudières au gaz. Leur capacité à refroidir également l’air pourrait les rendre utiles dans les centres de données gourmands en énergie. En Allemagne, par exemple, le gouvernement s’est engagé à remplacer le chauffage à combustible fossile d’ici 2045, ce qui nécessiterait 20 millions de pompes à chaleur, soit 20 fois plus qu’aujourd’hui.

  • Cela présente un certain nombre d’opportunités d’investissement potentielles, dans les pompes à chaleur elles-mêmes et au-delà. Leur conception et leur fabrication soutiendront la demande en semi-conducteurs nécessaires pour les faire fonctionner et en logiciels de simulation modernes pour améliorer leur fonctionnalité. 

  • Ensuite, les pompes doivent être installées – un processus très pertinent pour nos stratégies immobilières, qui mettent fortement l’accent sur la création de bâtiments modernes durables. L’installation de pompes à chaleur fait déjà partie de plusieurs de nos projets, dont un centre de données en Suède et des bureaux à Manchester, au Royaume-Uni, contribuant chacun à la création d’un bâtiment moderne, agréable pour les occupants et donc capable d’offrir des retours sur investissement attrayants.

  • À mesure que la popularité des pompes à chaleur augmentera, nous constaterons une augmentation de la demande en électricité, ce qui nécessitera un renforcement et une modernisation du réseau. Notre stratégie de transition énergétique propre investit dans tous les aspects de la transition: dans l’ensemble de l’écosystème et de la chaîne de valeur des énergies propres.