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L’ère de la robotique

Gestion active d’actions 7 min de lecture
Le vieillissement de la population et les progrès de l’apprentissage automatique ont créé un environnement propice à l’innovation en matière de robotique, qui devrait faire émerger un nouvel ensemble d’opportunités pour les investisseurs technologiques.

Qu'ils assemblent des voitures ou les conduisent, qu'ils exploitent des centres de données ou exécutent, sous la supervision d'un être humain, des procédures médicales, les robots ne relèvent plus seulement de la science-fiction. 

Ils représentent une révolution qui accélère, et ce, principalement pour deux raisons. La première est une démographie défavorable.

La population mondiale vieillit, ce qui réduit la main-d'œuvre disponible.  À l’échelle mondiale, le pourcentage de personnes âgées de plus de 60 ans devrait doubler et atteindre 22% d’ici à 2050, contre 11% en 2010https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/ageing-and-health. Cette évolution fera grimper le nombre de retraités par rapport aux travailleurs. Les économistes parlent de ratio de dépendance. Si ce phénomène n'est pas compensé, la productivité et la croissance économique ralentiront.

Heureusement, la technologie arrive pour combler ce manque. Elle constitue la deuxième force qui transforme le secteur de la robotique. Des avancées majeures dans le domaine de l’apprentissage automatique, telles que l’intelligence artificielle générative (IA), ont changé les interactions des robots avec leur environnement. Ils peuvent donc effectuer des tâches plus complexes dans un ensemble d’environnements beaucoup plus variés, passant ainsi des ateliers de fabrication aux tables des restaurants. 

D'autres améliorations de l’IA raccourcissent le cycle de recherche et développement dans la robotique et l’automatisation, améliorant l’analyse des données, les capacités prédictives et les simulations virtuelles qui sont cruciales dans les phases de conception et d'entraînement de ces nouvelles machines. C'est pourquoi le développement des robots peut être plus rapide, moins cher et plus efficace.

Un récent rapport de l’Institut de recherche Pictet (PRI) s'est penché sur l'association des tendances démographiques et des avancées technologiques, et sur son effet sur l’économie. Cette étude a révélé que l’interaction de ces deux forces ouvre une nouvelle ère pour la technologie, dans laquelle l’automatisation, l’IA et les gains de productivité stimuleront l’économie.

Le PRI estime que c'est dans les pays où le vieillissement de la population est le plus rapide que l’adoption des technologies d’automatisation progresse le plus vite. Au Japon, en Corée du Sud et en Chine, autant de pays confrontés à des pénuries de main-d'œuvre en raison de l’augmentation du nombre de retraités, la densité de robots, c'est-à-dire le nombre de robots par travailleur, a grimpé à 40 pour 1 000, soit presque quatre fois la moyenne mondiale. 

Selon l’étude, une forte densité de robots a tendance à améliorer la productivité. Les données industrielles transfrontalières indiquent que l’augmentation de la densité de robots contribue à hauteur d’environ 0,4% à la croissance annuelle du PIB. Selon le PRI, il existe un autre élément qui compte tout autant pour la croissance économique: l’IA, contrairement à d’autres avancées technologiques significatives, telles que l’électricité ou Internet, pourrait ne pas connaître le long plongeon d'une courbe en J, cette période pendant laquelle les dépenses d’investissement dans une innovation continuent d’augmenter sans encore générer de performance (voir Fig. 1). Cette technologie progresse plus rapidement vers la rentabilité notamment grâce aux connaissances et à l’expérience acquises lors des précédentes vagues d’innovation.

Tout cela promet de générer de nouvelles opportunités d’investissement et de nouveaux risques pour les investisseurs technologiques. Et peut-être qu'aucun autre secteur technologique ne bénéficiera davantage de ces tendances que la robotique. 

Fig. 1 – Booster la productivité

Courbe de productivité en J des technologies à usage général

Source: Pictet Research Institute. À partir d'une synthèse empirique d’Acemoglu (2025), Acemoglu & Restrepo (2020), Atkeson & Kehoe (2007), Autor (2024), Brynjolfsson et al. (2021), Brynjolfsson & Hitt (2003), Devine (1983), IFR (2024b), Jorgenson & Stiroh (2000), McKinsey (2023).

Solide demande en robots

L’adoption de la robotique se déroule en deux phases distinctes. La première concerne le développement et le déploiement de robots de substitution, ceux qui remplacent une main-d'œuvre rare. La deuxième phase est caractérisée par la prolifération des robots de productivité, c'est-à-dire des machines qui améliorent le rendement et l’efficacité.

Au cours de la dernière décennie, le secteur technologique a vu le développement de plusieurs nouvelles technologies robotiques de productivité, allant des robotaxis et des véhicules autonomes aux bras robotisés et aux humanoïdes.

La conduite automatique a ainsi connu une croissance particulièrement forte. Les services autonomes de VTC transforment la mobilité urbaine en proposant des solutions de transport rentables, durables et pratiques. Cette année, le lancement de plusieurs nouveaux modèles de véhicules autonomes est prévu, et des robotaxis devraient faire leurs premiers tours de roues dans les rues de Londres. À l’échelle mondiale, le marché des véhicules autonomes devrait voir sa taille doubler à 400 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années, puis continuer à croître rapidement.

La demande en robots humanoïdes devrait elle aussi augmenter pour combler le déficit de productivité, en particulier aux États-Unis, où la pénurie de main-d'œuvre pourrait atteindre environ 2 millions de personnes d’ici à la fin de cette décennieOCDE, Deloitte, FRED, Goldman Sachs Research. La Chine devrait contribuer à cette demande étant donné que ses coûts de main-d'œuvre ont plus que doublé depuis le début du siècleHaver, UBS.

Au niveau sectoriel, la demande de robots collaboratifs semble particulièrement forte dans les environnements de travail fermés, tels que les usines de construction automobile et les centres de données (où ils ne se soucient pas de la chaleur et n’ont pas besoin de lumière). D’ici à 2050, on pourrait compter plus de 5 milliards de robots humanoïdes en fonctionnement, soit un marché mondial d’une valeur d’environ 5 000 milliards de dollars américainsMorgan Stanley. Progressivement, ils pénétreront le segment de la consommation et prendront en charge des tâches telles que le nettoyage.

Fig. 2 – Les robots industriels ont le vent en poupe

Installations annuelles mondiales de robots industriels, milliers d’unités

Source: World Robotics 2025

Des opportunités de la tête aux pieds

Il est intéressant de noter que ce ne sont pas toujours les robots eux-mêmes qui constituent les opportunités d’investissement les plus attrayantes. Ils sont fabriqués par un nombre assez restreint d’entreprises, qui, pour beaucoup d’entre elles, ne sont pas cotées. Les investissements les plus intéressants sont à rechercher du côté des nombreuses entreprises plus innovantes qui fournissent les technologies utilisées dans la construction des robots de la tête aux pieds, notamment le matériel informatique et les logiciels, tels que les unités centrales de traitement, la vision artificielle, les capteurs et les bras articulés (ou les pinces).

La valeur des semi-conducteurs présents dans un robot humanoïde moyen, par exemple, est presque trois fois supérieure à celle qui est installée dans une voiture moyenne. Selon Morgan Stanley, le marché total des semi-conducteurs humanoïdes devrait dépasser 300 milliards de dollars d’ici à 20 ans.

Dans notre stratégie robotique, nous détenons des entreprises qui jouent un rôle clé dans le segment des robots humanoïdes en fournissant des pièces, des technologies ou des logiciels.  Y figurent des sociétés telles que Keyence et Cognex, qui aident les robots à détecter, percevoir et interpréter leur environnement, ainsi que des fournisseurs de semi-conducteurs (Nvidia, AMD et Marvell conçoivent des puces qui constitueront le «cerveau» du robot, tandis que des semi-conducteurs analogiques d’Infineon ou de NXP peuvent être utilisés dans le «corps» de ces robots pour la gestion de l’énergie ou le contrôle des moteurs). Plus loin sur la chaîne de valeur, des fabricants de biens d’équipement en semi-conducteurs fournissent les outils et les technologies nécessaires à la fabrication des dispositifs semi-conducteurs utilisés dans ces robots.

Les planètes sont donc maintenant alignées pour qu'une révolution robotique ait lieu. Le vieillissement de la population et la diminution de la main-d'œuvre stimulent la demande, tandis que la technologie rend les robots de plus en plus efficaces et rentables. On voit donc émerger des opportunités de croissance économique plus forte et d’amélioration de la productivité, ainsi que des possibilités de performances attrayantes pour les investissements sur l’ensemble de la chaîne de valeur de la robotique.