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L'Essentiel Macro - Premier semestre 2026

Vues macroéconomiques 69 min de lecture
Retrouvez chaque semaine un concentré de l'actualité macro-économique.

Changement de régime - 22.06.2026

Le protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran est important. Il ne résout pas tous les problèmes sur le terrain. Mais il pourrait suffire à faire passer le risque géopolitique au second plan et à précipiter un changement de régime sur les marchés. La prime de stagflation liée au choc énergétique, intégrée dans les cours depuis mars, pourrait se dégonfler rapidement.

Les banques centrales devraient continuer à adopter un discours prudent, voire restrictif, afin de préserver leur crédibilité dans les mois à venir. Dans les faits, toutefois, la plupart d’entre elles devraient s’abstenir de relever davantage leurs taux, à l’exception peut-être de la Banque centrale européenne en septembre. Les derniers chiffres de l’inflation britannique plaident en faveur du statu quo, tandis que certaines banques centrales émergentes, comme celle de Hongrie, ont déjà repris leurs baisses de taux.

Nous continuons d’anticiper un pic d’inflation vers la fin de l’été, avant une trajectoire nettement plus désinflationniste à l’horizon 2027. Cette analyse est aujourd’hui largement partagée par le consensus. Là où nous divergeons davantage, c’est sur la trajectoire de la politique monétaire américaine. Nous estimons que les investisseurs sous-estiment la possibilité d’un retour relativement rapide des baisses de taux aux États-Unis.

La croissance américaine reste solide. Mais deux facteurs principaux pourraient contribuer à un ralentissement au second semestre. La progression des salaires montre déjà des signes d’essoufflement et les investissements massifs des « hyperscalers » pourraient avoir atteint leur contribution maximale à l’activité. Dans ce contexte, une baisse des taux de la Réserve fédérale d’ici la fin de l’année ne peut être exclue. Si ce scénario se matérialisait, il confirmerait le passage d’un environnement dominé par les craintes de stagflation à un régime davantage marqué par la désinflation et le ralentissement de la croissance.

Dans cet environnement, le Japon fait figure d’exception. Comme attendu, la Banque du Japon a porté son taux directeur à 1% la semaine dernière. Lorsque cette situation s’était produite en juillet 2024, les marchés avaient fortement réagi : débouclage des opérations de « carry trade » financées en yens, hausse de la volatilité au niveau des devises et correction des valeurs technologiques.

Bonne nouvelle, cela ne va pas se produire cette fois-ci. Pourquoi ? Le marché ne croit pas à un renforcement durable du yen. Au contraire, il table sur une baisse prolongée. Tous les indicateurs vont dans ce sens :

  • Les comptes intra-groupe des succursales japonaises de banques étrangères - un bon indicateur des investissements offshore financés en yens - ont fortement progressé ces derniers mois.
  • Les données de la CFTC montrent une augmentation des positions nettes vendeuses sur le yen, aussi bien chez les investisseurs institutionnels que chez les fonds à effet de levier.
  • Les mouvements intrajournaliers sur le marché des changes continuent de refléter des flux persistants de vente de yens, notamment de la part des investisseurs américains.
  • Le positionnement des investisseurs particuliers japonais sur le marché des changes montre également une reprise des stratégies vendeuses sur le yen face aux devises émergentes.

Pour assister à une appréciation durable du yen et à un débouclage significatif des positions de « carry trade », il faudrait probablement que la Banque du Japon pousse son taux directeur beaucoup plus haut, autour de 2%. Un tel scénario ne paraît pas d’actualité.

À surveiller

Première estimation de l’activité dans les services et le secteur manufacturier en juin des deux côtés de l’Atlantique. Le secteur manufacturier américain devrait continuer d’être soutenu par les investissements massifs dans l’IA.

L’avez-vous lu ?

Peu connu du grand public, le rhénium est l'un des métaux industriels les plus rares au monde. Sa production est inférieure à 100 tonnes par an ! Sous l'effet de la forte demande du secteur aéronautique et d'une offre extrêmement limitée, son prix a plus que doublé depuis le début de l’année 2025 pour atteindre presque 5500 euros le kilo*.

À court terme, la flambée des prix devrait continuer.

*Conversion du taux de change EUR/USD au 17 juin 2026.

Que se passe-t-il ? - 15.06.2026

Le Nasdaq traverse depuis un mois une phase de turbulences. Plusieurs facteurs expliquent ces remous : les tensions géopolitiques, l'arrivée du nouveau président de la Fed, les chiffres de l'emploi et de l'inflation aux États-Unis, l'introduction de SpaceX qui a absorbé une partie de la liquidité disponible, la correction du Kospi sud-coréen, ainsi que les interrogations sur l'ampleur des investissements à venir dans l'intelligence artificielle.

Ces mouvements ont été amplifiés par une activité record des investisseurs particuliers, notamment sur des stratégies spéculatives de très court terme. Beaucoup se sont tournés vers les options 0DTE (« Zero Days To Expiration ») - des produits qui expirent le jour même de leur négociation et qui offrent souvent un effet de levier important.

Cette phase de consolidation, à l'approche de la période estivale, était à la fois attendue et nécessaire. Elle ne remet pas en cause, selon nous, les perspectives favorables des actions technologiques. La liquidité demeure abondante, ce qui constitue un puissant soutien pour les actifs risqués.

Le relèvement des taux directeurs par certaines banques centrales ne change pas la donne non plus. Il s'agit généralement d'un ajustement fin destiné à contenir des tensions inflationnistes temporaires, et non d'un nouveau cycle de resserrement monétaire comparable à celui engagé après 2022.

Prenons la BCE. Le renchérissement du coût de l'argent devrait rester limité. Une nouvelle hausse des taux en septembre demeure envisageable, ce qui porterait le taux de dépôt à 2,50%. En revanche, un troisième relèvement apparaît aujourd'hui peu probable.

Ce scénario correspond globalement aux anticipations du marché. Une lecture rapide de la courbe €STR OIS - le marché des swaps indexés sur l'€STR, principal taux monétaire de référence de la zone euro - montre que les taux à un an, autour de 2,32%, et à deux ans, autour de 2,51%, sont compatibles avec l'idée d'un pic des taux à court terme suivi d'une phase de stabilisation. Les contrats OIS reflétant directement les anticipations des investisseurs concernant l'évolution future des taux de la BCE, ils constituent l'un des meilleurs baromètres des attentes de marché.

Autrement dit, les investisseurs anticipent aujourd'hui des taux directeurs évoluant dans une fourchette proche de 2,3% à 2,5% au cours des prochaines années plutôt qu'un nouveau cycle de hausse. Ces anticipations restent naturellement susceptibles d'évoluer. Si la croissance de la zone euro devait ralentir plus fortement à partir de 2027, un retour progressif aux baisses de taux deviendrait alors probable. Ce serait une excellente nouvelle pour les actions.

À surveiller

À la suite de l’excellent rapport sur l’emploi américain de mai, le marché monétaire n’exclut plus une hausse des taux de la Fed dès cette semaine. Il y a eu 172 000 créations d’emplois en mai, contre un consensus de 88 000. L’économie américaine est en parfaite santé…en apparence, du moins.

La réalité est plus complexe. Les nouveaux emplois proviennent principalement de trois secteurs depuis décembre 2022 : les loisirs et l’hôtellerie-restauration, le secteur public, ainsi que l’éducation privée et les services de santé. Tous les autres secteurs, comme la technologie, enregistrent des pertes nettes.

En outre, on observe un grand écart entre les statistiques officielles et celles fournies par le secteur privé, ce qui interpelle. Par exemple, les données quotidiennes d’Indeed montrent une diminution progressive du nombre d’offres d’emploi. Plus inquiétant encore, les hausses de salaires semblent marquer le pas, ce qui risque de fragiliser les ménages qui ne bénéficient pas de l’effet de richesse engendré par la flambée des marchés actions.

Par conséquent, une hausse des taux est loin d’être acquise.

L’avez-vous lu ?

L'IA vient de franchir un seuil décisif : l'auto-amélioration récursive.

Désormais, les modèles écrivent le code qui les entraîne, découvrent les algorithmes qui les rendront meilleurs, conçoivent les puces qui les font tourner...La machine améliore la machine, qui améliorera la machine.

C’est une rupture majeure. Depuis deux siècles, le progrès avançait au rythme des hommes. Ce n’est dorénavant plus le cas.

Nous sommes doubles champions d’Europe - 08.06.2026

⚽ En football.
💰 En fiscalité.

Selon Eurostat, la France compte 348 taxes. Le Danemark, qui arrive en deuxième position, n’en compte « que » 132, tandis que l’Allemagne en recense 90.

Chaque année, l’État prélève un niveau record : environ 1300 milliards d’euros, soit 45,3% du PIB. Cette pression fiscale repose sur un très grand nombre de prélèvements, dont certains sont peu efficaces. Selon la Cour des comptes, il existe 243 « taxes à faible rendement ». Prenons la carte grise qui s’apparente à un certificat d’immatriculation. Elle regroupe quatre taxes différentes : une taxe régionale, un malus CO₂, une taxe fixe de gestion et une redevance d’acheminement du certificat. La liste à la Prévert continue avec des taxes souvent très spécifiques : contributions à la formation professionnelle, taxes affectées aux chambres consulaires, prélèvements sur les assurances, contributions sectorielles, taxes liées au nucléaire, redevances sur l’eau, prélèvements sur les jeux d’argent, taxes au profit d’établissements fonciers locaux, et bien d’autres encore.

Nombre de ces prélèvements sont des héritages de l’histoire ou le fruit de compromis politiques. Pris dans leur ensemble, ils contribuent à créer une administration fiscale sensiblement plus complexe et plus lourde qu’ailleurs en Europe. C’est aussi, sans doute, un facteur expliquant les difficultés économiques récurrentes des dernières années.

À surveiller

Sauf surprise, la BCE devrait relever son taux directeur de 25 points de base, à 2,25% le 11 juin. Et elle pourrait ne pas s’arrêter en si bon chemin ! Selon le marché monétaire, il pourrait y avoir au moins une autre hausse d’ampleur similaire cette année. Cela interpelle alors que la croissance en zone euro ralentit et que l’inflation, même si elle a atteint 3,3% sur un an en mai, est loin des pics de 2022 et du niveau actuel aux États-Unis de 3,8%*.

Pour comprendre, il faut revenir à l’histoire monétaire européenne.

À bien des égards, la BCE est l’héritière de la Bundesbank. Elle est encore influencée par son idéologie et sa peur viscérale de l’inflation. Après le choc pétrolier de 1973, la Bundesbank avait réagi plus rapidement que les autres banques centrales, ce qui lui avait permis de contenir davantage l’inflation.

Aujourd'hui, la BCE semble vouloir s’inspirer de ce précédent. Pas certain qu’elle ait raison. Contrairement à la décennie 1970, tout porte à croire que l’inflation actuelle est transitoire et que son point haut pourrait être atteint cet été autour de 3,7%.

*Gardons en tête que la méthodologie de calcul est différente des deux côtés de l’Atlantique.

L’avez-vous lu ?

Selon Bloomberg, les actions favorites des investisseurs particuliers ont battu de 16 points de pourcentage celles privilégiées par les fonds d’investissement en mai - soit un record depuis 2018. Longtemps perçus comme des suiveurs de marché, les particuliers sont-ils en train de s’imposer comme les nouveaux faiseurs de tendance ?

Super El Niño - 01.06.2026

Ça risque d’être un nouveau coup dur pour l’économie mondiale, l’inflation et les banques centrales. Le phénomène climatique El Niño revient, et il pourrait être dévastateur. Le Super El Niño de 1877 avait provoqué des sécheresses simultanées en Inde, en Chine, au Brésil et en Afrique de l’Est, provoquant une famine qui avait duré trois ans.

Selon la dernière mise à jour de l’agence fédérale américaine chargée de l’étude des océans et de l’atmosphère, il y a désormais deux chances sur trois que l’épisode actuel atteigne une intensité forte, voire très forte, d’ici l’automne. Les modèles européens sont encore plus alarmistes. Pour être qualifié de « Super El Niño », les températures de surface du Pacifique doivent dépasser de plus de 2°C les normales saisonnières. Malheureusement, la trajectoire actuelle pointe précisément vers ce seuil.

Ce qui rend la situation de 2026 potentiellement différente des précédents Super El Niño, c’est la convergence de deux chocs d’offre indépendants au cours du même cycle agricole.

D’un côté, la guerre avec l’Iran a perturbé environ un tiers du commerce maritime mondial d’engrais transitant par le détroit d’Ormuz à un moment crucial. Mi-mars, l’approvisionnement américain en engrais n’était qu’à 75% de la normale, au moment même où la Corn Belt en avait le plus besoin. Les prix des engrais ont atteint leur plus haut niveau depuis 2022. Cette pénurie est déjà intégrée dans la saison agricole 2026.

De l’autre côté, les effets d’El Niño sur les rendements agricoles se manifestent généralement avec un décalage de six à douze mois. L’Inde anticipe des moussons inférieures à la normale pour la première fois depuis trois ans. L’Indonésie et la Malaisie, qui représentent près de 90% de la production mondiale d’huile de palme, voient traditionnellement leur production reculer lors des épisodes El Niño, avec un impact maximal entre six et vingt-quatre mois plus tard. Historiquement, chaque fort épisode El Niño des 55 dernières années a également pesé sur la production mondiale de cacao.

Autrement dit, la pénurie d’engrais fragilise déjà les cultures que le phénomène El Niño risque ensuite de mettre sous pression. Et le choc sur les rendements pourrait culminer en 2027 sur des terres déjà sous-fertilisées en 2026. Deux chocs distincts, mais avec des effets retardés très similaires, convergeant vers la même fenêtre de récolte.

À la clé, un regain de l’inflation alimentaire qui est déjà en train de se produire. Par exemple, le prix du riz blanc thaïlandais 5%, qui est considéré comme étant de très bonne qualité, se vend autour de 450 dollars la tonne – soit un point haut depuis 2025. Et ce n’est certainement qu’un début ! Ça va être un casse-tête pour de nombreuses banques centrales.

Les prix du riz grimpent à leur plus haut niveau depuis début 2025

Les inquiétudes sur la production se sont accrues en raison d'El Niño et des coûts des engrais.

Source: Association des exportateurs de riz de Thaïlande

Source: Nikkei, 1er juin 2026

À surveiller

C’est le thème d’investissement qui monte : la longévité. Il est lié au vieillissement démographique, à une différence près : l’idée n’est pas simplement de vivre plus longtemps, mais surtout de vieillir dans un meilleur état physique, cognitif et psychologique.

Attention toutefois à ne pas confondre cette tendance avec les discours sur la longévité extrême - vivre jusqu’à 150 ans grâce aux avancées de l’IA, comme l’affirme par exemple l’entrepreneur Laurent Alexandre - ou avec le transhumanisme. On reste ici dans des applications concrètes, déjà commercialisées et mises en pratique.

Des cliniques spécialisées dans la longévité apparaissent un peu partout aux États-Unis et au Moyen-Orient. Elles proposent notamment des tests destinés à estimer l’« âge biologique » - un indicateur encore imparfait censé mesurer l’état réel de l’organisme au-delà de l’âge civil - ainsi que des thérapies IV (perfusions intraveineuses de vitamines ou nutriments), de l’oxygénothérapie hyperbare afin que le sang transporte beaucoup plus d’oxygène vers les tissus, des traitements régénératifs utilisant les propres cellules ou le plasma sanguin du patient, des protocoles de peptides, ou encore un suivi continu des biomarqueurs avec des programmes de supplémentation personnalisés.

Certaines de ces approches sont bien établies médicalement. D’autres restent plus expérimentales et font encore débat dans la communauté scientifique. Mais la dynamique de marché, elle, est bien réelle.

L’Europe n’échappe pas à cette tendance. Dans l’immobilier haut de gamme, il ne suffit plus d’avoir un terrain de tennis et une piscine. Un projet au Portugal prévoit ainsi de développer l’un des premiers complexes résidentiels européens intégrant directement sur site une clinique spécialisée dans la longévité et la médecine préventive.

Est-ce que ça vous tente ?

L’avez-vous lu ?

Conséquence inattendue de la guerre en Iran : Calbee, la marque japonaise iconique de chips connue notamment pour ses saveurs algue nori ou beurre-soja, va passer à des emballages en noir et blanc en raison d’une pénurie de colorants dérivés du pétrole.

Une crise ? Mais quelle crise ? - 18.05.2026

Comment expliquer la résilience de nos économies alors que la guerre et ses répercussions nous frappent ? La liquidité est abondante. La croissance de la masse monétaire mondiale est d’environ 11% en rythme annuel – soit le double du niveau d’avant la crise financière de 2007-08 qui était déjà élevé. Avec un tel niveau de liquidité entrant dans l’économie et les marchés financiers, la probabilité d’une récession ou d’une crise financière est presque nulle.

En revanche, cela favorise les excès. Le succès croissant des ETFs à effet de levier en est le symptôme. En avril, plus de 46,9 milliards de dollars sont allés vers les ETFs à effet de levier sur la tech, et plus de 43,8 milliards de dollars vers ceux sur les semi-conducteurs*. C’est énorme. Tant que le marché est structurellement haussier, ça tient.

La montée en gamme des économies est l’autre facteur qui explique leur bonne résistance. Prenons la Chine. Au début du conflit, les oiseaux de mauvais augure s’attendaient à une forte baisse de la croissance. C’est raté. Les derniers chiffres de la balance commerciale sont excellents. Mieux, ils montrent à quel point la Chine est désormais un géant technologique. En avril, les exportations de produits high-tech ont bondi de 39,2% sur un an – du jamais vu ! La tech représente désormais un quart des exportations totales du pays. Pékin a réussi en quelques années à développer une immense chaîne de valeur autour de l’IA comprenant les centres de données, les serveurs, les semi-conducteurs, les composants électroniques, les systèmes de refroidissement, les équipements industriels etc. C’est ce qui explique pourquoi la Chine s’en sort si bien.

À surveiller

L’indice SOXX des semi-conducteurs a augmenté de plus de 70% depuis fin mars**. C’est l’une des surprises de l’année 2026. Conséquence, certaines entreprises du secteur sont désormais des géants. C’est le cas du japonais Kioxia, détenu à hauteur de 18% par Toshiba, qui est devenu en l’espace de quatre mois la quatrième capitalisation boursière du Japon. Même si l’essor du secteur est structurel, après une telle phase de hausse, il peut être opportun de se protéger via des puts…juste au cas où.

L’avez-vous lu ?

Mauvaise nouvelle pour les amateurs de Coca-Cola Zéro : l’Inde fait actuellement face à une pénurie. Faut-il craindre le même scénario en France ?

C’est l’une des conséquences inattendues du conflit en Iran. Le Golfe assure près de 8% de la production mondiale d’aluminium. Or, avec environ 100 millions de canettes de Coca-Cola Zéro vendues chaque jour dans le monde, cela représente près de 1 400 tonnes d’aluminium nécessaires quotidiennement. Dans ces conditions, la moindre perturbation de la chaîne d’approvisionnement peut rapidement provoquer des tensions importantes.

Heureusement, l’Inde est un cas à part. Le Coca-Cola Zéro y est vendu presque exclusivement en canette, contrairement à la France où les bouteilles plastiques occupent encore une place importante. De plus, la France bénéficie d’une production locale d’aluminium ainsi que d’une filière de recyclage en plein développement. Pour les consommateurs français, le principal risque semble donc moins être une pénurie qu’une hausse des prix.

*Source : Bloomberg, 13 mai 2026.

Ce sont toujours les mêmes qui gagnent - 11.05.2026

La renaissance européenne a du plomb dans l’aile. Les indices européens font grise mine, tandis que les marchés américains enchaînent les séances dans le vert.

Comment expliquer la surperformance américaine ? D’abord, les entreprises américaines affichent une excellente santé financière. Pour le premier trimestre 2026, 84% des entreprises du S&P 500 ont annoncé un bénéfice par action supérieur aux attentes*. Alphabet, Amazon et Meta ont été les principaux contributeurs à la performance. En outre, elles évoluent dans un environnement fiscal et réglementaire plus lisible, sans la menace d’une éventuelle taxe sur les superprofits, qui pénalise la dynamique sur le CAC 40. Les perspectives restent solides : les analystes anticipent une croissance des bénéfices à deux chiffres, autour de 20% en 2026, à peine en dessous des 21% enregistrés en 2025. Si elle se confirme, cela constituerait une performance plus qu’honorable.

Mais le point clé est ailleurs. Les annonces de rachats d’actions par les entreprises du S&P 500 accélèrent nettement, avec plus de 500 milliards de dollars sur les trois derniers mois. C’est une véritable force de rappel pour les indices américains. Dans ce contexte, difficile pour les indices européens de rivaliser.

L’Asie n’est toutefois pas en reste. Les capitaux des investisseurs étrangers affluent. Résultat, la capitalisation totale de la bourse de Taïwan a dépassé celle du Canada, tandis que celle de la bourse de Corée du Sud est désormais plus importante que son équivalent britannique. En l’espace de seulement 12 mois, ces deux marchés ont gagné ensemble 4 600 milliards de dollars de capitalisation boursière, grâce à la croissance des valeurs liées à l’intelligence artificielle**.

Attention, toute l’Asie n’est pas logée à la même enseigne. En début d’année, beaucoup d’investisseurs institutionnels s’interrogeaient sur l’opportunité de revenir à l’achat sur l’Inde, en raison de la baisse de la valorisation boursière. Ceux qui se sont abstenus ont bien fait. Les actions patinent, les investisseurs internationaux fuient en masse, la devise s’effondre malgré les interventions de la banque centrale et l’inflation grimpe… Scénario noir pour le pays qui était souvent présenté comme un relais de croissance incontournable.

À surveiller

L’inflation américaine est au menu cette semaine. Mais, sauf surprise, la banque centrale ne devrait pas surréagir et augmenter les taux. Elle devrait faire le dos rond, comme lors de l’épisode inflationniste du début des années 1990 lié à la guerre du Golfe. C’est une autre histoire en zone euro, où toutes les options sont sur la table pour juin.

L’avez-vous lu ?

Selon une étude d’Eurostat, seulement 11% des Français utilisent l’IA générative à des fins d’éducation, contre 17,9% des Danois et 21% des Suédois, qui sont en haut du podium. Chacun peut en tirer ses propres conclusions.

*Factset, en se basant sur 63% des entreprises qui ont publié leurs résultats définitifs.
**Bloomberg, 05 mai 2026.

Les biotechnologies au secours du luxe - 27.04.2026

Qu’il s’agisse de périodes d’incertitude ou d’accalmie, le secteur du luxe traverse aujourd’hui une phase de transition en bourse. Les derniers résultats trimestriels témoignent d’un environnement plus exigeant, invitant les maisons à repenser leurs priorités et à renforcer leur positionnement stratégique. Longtemps perçues comme des valeurs de référence, les entreprises du luxe engagent désormais des transformations ambitieuses pour séduire à nouveau les investisseurs. Kering en est une illustration emblématique.

Il y a quelques semaines, le groupe a dévoilé un plan structurel d’envergure : rationalisation de son réseau avec la fermeture ciblée de plus de 100 boutiques dans le monde, recentrage sur une clientèle à très fort pouvoir d’achat, investissements significatifs dans le marketing - notamment digital - en Chine, et repositionnement de Gucci autour de produits iconiques à forte valeur ajoutée. L’ambition est claire : privilégier la valeur à long terme, renforcer l’exclusivité et affirmer un positionnement encore plus sélectif.

La réaction du marché reste mesurée à ce stade. Le cours de l’action a reculé de plus de 7% sur une semaine et d’environ 10% sur trois mois*. Cette prudence reflète surtout la compréhension que toute transformation stratégique d’envergure s’inscrit dans le temps. Même sur le marché de la seconde main, certaines icônes - telles que le sac Birkin - connaissent une normalisation de leur prime à la revente : environ 1,8 fois le prix d’achat neuf aujourd’hui, contre 2,4 fois en 2022. Une évolution qui traduit davantage un retour à des niveaux plus équilibrés qu’un désengagement durable.

La bulle Birkin est en train de se dégonfler

Les sacs convoités se revendent avec une prime plus faible

Hermes Birkin, Kelly, Mini Kelly Pochette resale premium to retail price

Source: Bernstein Research

Dans ce contexte, une dynamique particulièrement prometteuse se dessine : l’essor de la beauté et des soins, véritables relais de croissance pour l’ensemble du secteur. Les grandes maisons l’ont pleinement intégré. Lancôme, par exemple, intensifie ses investissements dans la recherche sur le vieillissement cutané, illustrant la convergence croissante entre luxe et innovation scientifique.

Beaucoup d’acteurs du secteur observent également de très près le succès des peptides, popularisés par les influenceurs sur Instagram et TikTok. Si vous n’en avez jamais entendu parler, cela ne saurait tarder. Les peptides sont des chaînes d’acides aminés qui jouent un rôle crucial dans la lutte contre les signes de l’âge, notamment en stimulant la production de collagène, essentiel à l’élasticité de la peau. Le potentiel scientifique de ces molécules est considérable. Des résultats de recherche encourageants ont été observés sur des crèmes à base de peptides, capables d’améliorer l’apparence de la peau et d’accélérer certains processus de cicatrisation. Attention toutefois, les peptides sont strictement régulés en Europe pour l’instant. Mais à moyen et long terme, ils pourraient transformer en profondeur l’industrie de la beauté, en la rapprochant davantage des biotechnologies. Un nouvel élan en perspective pour l’ensemble du secteur du luxe !

À surveiller

Les banques centrales des États-Unis, de la zone euro, du Royaume-Uni, du Canada et du Japon se réunissent cette semaine. Vont-elles augmenter les taux pour contrer les pressions inflationnistes ? Le marché monétaire n’y croit pas. Nous non plus.

Lors des précédents chocs d’offre pétroliers, par exemple dans la foulée de la guerre du Golfe au début des années 1990, elles avaient préféré faire le dos rond, puis reprendre leur cycle de baisse des taux, temporairement interrompu par les conséquences du conflit.

La Bundesbank avait été la seule grande banque centrale à augmenter le loyer de l’argent. Elle s’en était mordu les doigts par la suite.

On ne peut qu’espérer que la BCE ne commette pas la même erreur…

L’avez-vous lu ?

C’est la période douloureuse de la déclaration de revenus. 80% à 90% des Français ont le sentiment de vivre dans un enfer fiscal et social, contribuant davantage qu’ils ne reçoivent en retour. Heureusement, une étude récente de l’INSEE permet d’y voir plus clair. En réalité, 60% des Français reçoivent davantage de l’État qu’ils n’y contribuent. La France est un exemple efficace de redistribution.

*Les données sont issues de Boursorama en date du 21 avril 2026.

Le verre à moitié plein - 20.04.2026

Depuis le début de la guerre, le prix du kérosène a flambé de 66%, celui de l’urée de 51%, celui du gaz naturel européen de 34% et celui du charbon de 14%. Dans le même temps, le S&P 500 a augmenté de 1% et le VIX a chuté de 8%. Bien sûr, il y a encore des déconvenues sur le marché des actions. Le secteur du luxe en est le parfait exemple. Hermès, LVMH, Gucci & Co ont justifié leurs résultats décevants par l’effet de la guerre. Certes, cela a joué. Mais c’est un problème conjoncturel qui cache des difficultés structurelles qui ne vont pas disparaître une fois le conflit terminé. Les consommateurs ne veulent plus acheter un logo imposé à grand renfort de marketing global. D’où la chute de la mode et de la maroquinerie. Heureusement, certains segments résistent : le luxe intemporel incarné par des maisons comme Tiffany et Bulgari, et la beauté et le soin. Cela explique la croissance continue de Sephora. En revanche, il faudra un certain temps avant que le secteur, dans son ensemble, se redresse. Patience.

Preuve que les investisseurs en actions ne prêtent plus trop attention au conflit au Moyen-Orient, les indices qui ont les plus souffert ont fortement rebondi depuis quinze jours. Depuis le début du mois, le Kospi sud-coréen a progressé de 22%. Comment l’expliquer ? L’indice est essentiellement composé d’entreprises exportatrices qui tirent leur épingle du jeu dans le contexte actuel. Il suffit de regarder les termes de l’échange de la Corée. L’indice des prix à l’exportation a augmenté de 28,7% sur un an, porté par la hausse des prix des puces électroniques et des exportations de produits raffinés (diesel, carburéacteur, etc.). À l’inverse, les importateurs souffrent…mais ils représentent un poids mineur dans la composition de l’indice.

À surveiller

Tant que le VIX reste sous le seuil des 20, qu’il a cassé la semaine dernière, nous pensons que la dynamique de marché devrait rester positive. Par ailleurs, nous doutons que le conflit au Moyen-Orient revienne sur le devant de la scène boursière. Après une période initiale de panique, les investisseurs semblent avoir compris que le rebond de l’inflation est transitoire et ne devrait pas entraîner un durcissement des conditions financières mondiales. Pour preuve, le SOFR (Secured Overnight Financing Rate), qui est le taux de référence clé du système financier américain, a atteint la semaine passée un point bas depuis 2022, autour de 3,59%, en raison d’une amélioration de la liquidité sur les marchés et d’anticipations que la banque centrale américaine ne va finalement pas augmenter les taux.

L’avez-vous lu ?

À partir de mai, la Chine n'exporte plus d’acide sulfurique, à l’exception de l’acide de qualité électronique. Cela implique que ni l’acide issu des fonderies ni l’acide sulfurique industriel ne pourront être exportés. Malheureusement, c’est un ingrédient essentiel pour les engrais, les batteries automobiles, le raffinage du pétrole et l’industrie chimique.

Et la Chine n’est pas un acteur mineur ! Le pays a exporté 4,6 millions de tonnes l’an dernier, essentiellement vers le Chili, l’Indonésie, le Maroc, l’Arabie Saoudite et l’Inde. Avant cette annonce, la Chine avait déjà décidé de fermer les écoutilles avec 50% d’exportations en moins en janvier et en février par rapport à la même période en 2025 (soit seulement 385 000 tonnes).

Pourquoi est-ce une mauvaise nouvelle pour le cuivre ? Dans beaucoup de gisements, le métal n’est pas sous forme de cuivre pur, mais sous forme de minéraux. Il faut donc de l’acide sulfurique pour l’extraire (on parle de « lixiviation »). Du fait de l’interdiction d’exportation de la Chine, les prix du cuivre, qui ont chuté récemment, devraient revenir à la hausse !

Les données sont issues de Bloomberg et Boursorama en date du 16 avril 2026.

Et maintenant ? - 04.04.2026

Faisons un saut dans le futur. Le conflit en Iran est terminé. Que se passe-t-il ? En supposant que le détroit d’Ormuz soit libre à la circulation, il faudra environ trois à six mois pour que le trafic maritime soit normalisé. Nous estimons que les raffineries de la région mettront deux à six semaines pour opérer à pleine capacité. Ce sera plus long pour celles qui ont été la cible de missiles iraniens – parfois, il faudra plusieurs années. C’est le meilleur des scénarios. Et si l’Iran garde une capacité de nuisance ? Tout est possible. Actuellement, les gardiens de la révolution demanderaient 2 millions de dollars par navire pour autoriser le passage – un prix excessif qui dissuade même les grands armateurs chinois. Cela voudrait dire que le trafic ne reviendra pas à la normale. Quelle route alternative ? Certains évoquent la création d’un canal d’Ormuz pour contourner le problème. Cela prendrait des années. Ce n’est toutefois pas irréaliste. Au 17ème siècle, nous avons construit le canal du Midi d’environ 250 km pour éviter d’être coupés du commerce international en cas de fermeture du détroit de Gibraltar par les Espagnols (ce qui n’est finalement jamais arrivé).

Comment les banques centrales vont-elles réagir à la hausse de l’inflation qui est déjà perceptible ? Le marché monétaire anticipe qu’elles vont augmenter drastiquement les taux, un peu comme en 2022, pour contrer les pressions inflationnistes qui se matérialisent dans les chaînes de production. En zone euro, trois hausses de taux sont prévues cette année. Toutefois, il n’est pas certain que cela se produise.

Par le passé, les banques centrales ont eu tendance à ne pas surréagir aux chocs d’offre pétrolière. Par exemple, dans la foulée de la guerre du Golfe (1990-91), seule la Bundesbank, par crainte de replonger dans les errements des années 1920, avait augmenté son taux directeur. Une erreur à l’époque.

L’inflation va augmenter à court terme – en zone euro elle a rebondi à 2,5% sur un an en mars à cause de l’énergie. Mais ce ne sera certainement pas durable en l’absence de choc de demande et de boucle prix-salaire. En revanche, la croissance pourrait être impactée sur la durée par la crise à un moment délicat puisque le cycle du crédit montre des signes de tensions depuis fin 2025. Cela pourrait inciter les banques centrales à faire une pause de quelques mois avant de reprendre les baisses des taux. C’est d’ailleurs ce que plusieurs membres du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre ont laissé entendre la semaine passée.

À surveiller

La contamination des chaînes de production est le vrai sujet. Des pénuries sont en train d’apparaître. Airgas, filiale d’Air Liquide spécialisée dans l’hélium liquéfié qui est indispensable pour les semi-conducteurs, a annoncé à plusieurs clients l’impossibilité de leur fournir les quantités qu’ils ont commandées. Les hausses de prix commencent également. Le géant américain Dow Chemical vient de doubler sa hausse du prix du polyéthylène – le plastique le plus utilisé dans le monde - qui est passé de 0,15$ à 0,30$ la livre depuis le 1er avril. Enfin, la spéculation va bon train. Le pétrole (Brent et WTI) est la matière première la plus échangée au niveau mondial, juste devant l’or et l’argent coté à Shanghai. Cela doit vous inciter à la prudence si vous détenez des positions sur l’or noir. Les prix spot sont en partie décorrélés de la réalité du marché.

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

Une nouvelle étude de la Fed du 30 mars montre que la dynamique de l'inflation sous-jacente a évolué depuis la COVID dans les pays développés. Les prix sont plus volatils avec des variations supérieures à 3% plus fréquentes que par le passé. Pourquoi ? À cause des hausses de salaire.

Signal de stress - 30.03.2026

Ce n’est pas passé inaperçu. Les spreads sur le high yield européen explosent. En un mois, ils ont augmenté de 99 points de base pour le secteur des matériaux de construction (et même +716 points de base pour les entreprises notées triple C), de 92 points de base pour la consommation, de 84 points de base pour la santé etc*. Seuls trois secteurs échappent aux tensions : la finance, les nouvelles technologies et les hydrocarbures. La résilience des sociétés technologiques s’explique par des bilans solides et une faible dépendance au cycle économique.

Faut-il paniquer ? Pas pour l’instant. Le « risk premium » sur l’ensemble du marché est de 250 points de base. C’est beaucoup. Mais nous ne sommes pas en zone de danger. Le stress observé est encore très sélectif, touchant surtout les secteurs les plus soumis à l’évolution des taux directeurs et à l’énergie. Le marché anticipe un début de détérioration du cycle du crédit qui va de pair avec une hausse possible des faillites, surtout pour les compartiments les plus mal notés. Il est probable que les spreads continuent de s’écarter encore dans les semaines à venir, surtout en raison des incertitudes soulevées par le conflit.

Quelle va être la prochaine étape ? Les analystes vont revoir à la hausse leurs prévisions de défaut et les pertes attendues. Ce sera important pour avoir une vision plus complète des risques. Mais, évidemment, tout va dépendre du dénouement du conflit au Moyen-Orient.

*Données Bloomberg en date du 25 mars 2026.

À surveiller

Les statistiques prévues cette semaine, comme l’inflation en zone euro et les ventes au détail américaines, renvoient à un monde qui n’existe plus. Il faudra attendre les publications du mois d’avril pour avoir une meilleure visibilité concernant l’impact économique de la guerre en Iran. Pour l’instant, même les indicateurs à haute fréquence, qui ont connu leur heure de gloire pendant la pandémie, sont d’une faible utilité. Nous naviguons à vue. En revanche, il faudra être vigilant concernant les soubresauts du marché obligataire souverain. En période de hausse du risque géopolitique, le taux de rendement des obligations souveraines a tendance à baisser car elles sont considérées comme des valeurs refuge. C’est le contraire qui est en train de se produire. Pourquoi ? Les marchés anticipent une hausse de l’inflation et envoient surtout le message aux gouvernants qu’un nouveau « quoi qu’il en coûte » n’est désormais plus possible.

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

Bonne nouvelle pour les amateurs de chocolat : la crise du cacao semble désormais derrière nous. La tonne de cacao s’échange aujourd’hui autour de 2 900 dollars, contre près de 5 200 dollars en novembre 2025**. En l’espace d’un an, cela représente une baisse spectaculaire d’environ 70% ! Comment l’expliquer ? Amélioration des conditions de production en Afrique de l’Ouest, région qui concentre l’essentiel de la production mondiale, et reprise des arrivées de fèves en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao.

**Boursorama, 25 mars 2026.

Tout est possible - 23.03.2026

Pour l’instant, nous sommes face à une configuration de marché habituelle. La hausse du risque géopolitique a incité les investisseurs à accroître leur poche de cash dans les portefeuilles au détriment des actions. D’après le régulateur américain, les gestionnaires d’actifs ont vendu des contrats à terme sur le S&P 500 pour 36,2 milliards de dollars sur la semaine du 3 au 10 mars. Les investisseurs se replient sur les stratégies long-short qui sont décorrélées des actions et des taux. Les bourses chutent mais sont résilientes. Sur les matières premières, plusieurs marchés sont confrontés à une dislocation des prix. Le prix spot du pétrole est proche de 100 dollars le baril mais peut monter jusqu’à 150 dollars en Asie (à l’exception du pétrole qui est transporté par la flotte fantôme russe et iranienne). Bonne nouvelle toutefois, il n’y a pas de pénurie de pétrole. Nous avons commencé l’année avec un excédent d’offre pétrolière. Certains pays du Moyen-Orient exportent leur pétrole sans passer par le détroit d’Ormuz. C'est pour cela que le déséquilibre est peu perceptible, à part en Asie. En revanche, certains pays, comme le Bangladesh, l’Inde et l’Egypte, commencent à manquer d’engrais pour leurs récoltes. Enfin, la liquidité sur les bourses chute, signe de l’incertitude. Là encore, c’est normal.

Et maintenant ? Tout va dépendre de la durée du conflit. Prenons l’invasion russe de l’Ukraine. Il a fallu cinq semaines de flambée des prix de l’énergie pour que le marché comprenne que les disruptions liées à la guerre n’étaient pas temporaires et allaient entraîner une hausse durable de l’inflation et des taux directeurs. Dans la foulée, les actions se sont effondrées, sans surprise. Heureusement, nous avons encore un peu de répit avant d’être confrontés à un scénario similaire.

Que faudra-t-il observer avec attention dans les jours et semaines à venir pour savoir dans quelle direction l’économie va aller ? Les cours de l’énergie et des engrais et les images satellites du détroit d’Ormuz, évidemment. Plus original, la masse monétaire M3 dans les pays du Conseil de coopération du Golfe. Dans des conditions normales, c’est le principal indicateur de la manière dont la richesse pétrolière entre dans l’économie domestique.

À surveiller

  • Markit doit publier demain son baromètre pour les services et le secteur manufacturier aux États-Unis. Tous les deux sont attendus en phase d’expansion en février. Ce n’est que le mois prochain que nous serons en mesure de commencer à estimer l’effet de la guerre sur le secteur manufacturier mondial.
  • Attention, nous entrons dans la période creuse des rachats d’actions par les entreprises américaines qui devrait durer jusqu’à fin avril. Dès cette semaine, environ 45% des entreprises du S&P 500 devraient cesser leurs rachats. L’absence de ces mains structurellement acheteuses risque de peser négativement sur les actions.

Le saviez-vous ?

Le pétrole est sur toutes les lèvres. Mais savez-vous différencier le WTI et le Brent ?

WTI (West Texas Intermediate)Brent
  • Extrait de champs pétroliers aux États-Unis, essentiellement en Louisiane, au Dakota du Nord et au Texas.
  • Considéré comme très léger et avec une faible teneur en soufre (≈ 0,24%). Il est donc idéal pour servir de carburant.
  • Situé à l’intérieur des terres → transport plus coûteux.
  • Extrait de champs pétroliers en mer du Nord, notamment les gisements de Forties, Oseberg et Ekofisk.
  • Considéré comme léger et avec une faible teneur en soufre (≈ 0,40%).
  • Transport maritime → plus facile à acheminer, donc moins onéreux.

Un problème à la fois - 16.03.2026

La guerre en Iran est sur toutes les lèvres. Mais un autre sujet commence à émerger : la dette privée américaine. Que se passe-t-il ? Plusieurs grands acteurs américains ont appliqué des décotes sur une partie de leur portefeuille de dette privée ces dernières semaines, suscitant des interrogations autour des rendements futurs. Par ricochet, cela a entraîné une hausse des demandes de rachats.

Certains fonds de dette privée, qui avaient été souvent commercialisés en mettant en avant des rendements comparables à ceux des fonds high yield sans effet de levier, ont recours à un effet de levier net supérieur à 1x, ce qui est potentiellement plus risqué.

Sont concernés par ces inquiétudes les fonds Evergreen dont une partie des capitaux a été levée auprès de particuliers et qui ont l’avantage d’offrir une liquidité périodique. Au sein de cette catégorie de fonds, ce sont ceux qui détiennent des entreprises de logiciel en collatéral qui sont les plus exposés, pour le moment.

Notre analyse :

  • Les décotes annoncées sont souvent préventives afin de décourager les investisseurs de sortir.
  • Les retraits sont plafonnés à 5% des encours, ce qui limite le rythme des sorties.
  • Dans le pire des cas, les maisons mères peuvent apporter de la liquidité, ce qui devrait éviter une vente en panique des actifs.
  • Pas de contagion à la dette privée européenne, pour le moment.

À surveiller

Les banques centrales sont à l’honneur cette semaine (Banque du Canada, Fed, Banque Nationale Suisse, Banque d’Angleterre et BCE). Nous nous attendons à ce que le statu quo monétaire soit maintenu à cause des incertitudes macroéconomiques liées à la situation au Moyen-Orient. La flambée des prix de l’énergie et des engrais risque de provoquer des tensions inflationnistes à court terme qui vont inciter à reporter les baisses de taux prévues. Aux États-Unis, la Réserve Fédérale américaine estime qu’en moyenne une hausse de 10% des prix du pétrole aboutit à une augmentation de 23 points de base de l’indice des prix à la consommation. Cela peut aussi faire augmenter les anticipations d’inflation. Pour l’instant, elles sont contenues. Évidemment, plus les prix de l’énergie vont rester longtemps élevés, plus cela va constituer un casse-tête pour les banques centrales alors que plusieurs pays, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni, connaissent un ralentissement du marché de l’emploi. Bonne nouvelle toutefois, nous ne sommes pas face à un scénario de stagflation, pour le moment.

Le chiffre de la semaine

Les membres de l’Agence Internationale à l’Énergie vont libérer 400 millions de barils de pétrole de leurs stocks stratégiques afin de réduire la pression sur les prix. Est-ce beaucoup ? C’est une question de perspective. Cela représente seulement 4 jours de consommation mondiale. En revanche, c’est environ 8 à 9 mois de consommation française.

Le pire n’est jamais certain - 09.03.2026

La semaine dernière, le pétrole a traversé des montagnes russes, tandis que le gaz s’est envolé et le fioul domestique a renoué avec son point haut de novembre 2022 – au moment de la crise ukrainienne. Même les fertilisants, essentiels pour l’agriculture, n’ont pas été épargnés. Le Moyen-Orient représente environ 25% de la production mondiale. Pour ne rien arranger, les engrais azotés, comme l’urée, sont produits à partir du gaz, ce qui a entraîné une flambée des prix.

Pourquoi une telle volatilité sur les matières premières alors que les actions ont fait preuve de résilience ? Parce que le Moyen-Orient est un centre de production et d’exportation essentiel. Certes. Mais il ne faut pas négliger la structure du marché qui est propice à des sursauts de volatilité. Le marché des matières premières a une particularité : il est très concentré autour de quelques grands négociants qui servent d’intermédiaires entre les producteurs et les consommateurs. Les producteurs et les négociants ont recours à des produits dérivés pour se couvrir contre les fluctuations de prix qui peuvent intervenir entre la conclusion d’une transaction et la livraison. Les producteurs ont tendance à se couvrir contre une baisse des prix tandis que les négociants se couvrent dans le sens inverse. Ni les producteurs ni les négociants ne règlent l’intégralité des sommes sur lesquelles portent les produits dérivés utilisés. En cas de pic de la volatilité, ils doivent régler des appels de marge pour s’adapter aux variations de prix des matières premières. Cela permet de garantir la couverture prise et que la transaction arrive à échéance. En règle générale, les appels de marge variables quotidiens peuvent représenter jusqu’à 20% de la valeur du contrat. C’est le fonctionnement normal du marché. 

Lors du déclenchement de la guerre en Ukraine, cette mécanique s’est enrayée. La perspective d’un conflit long a entraîné une panique. Les appels de marge quotidiens ont grimpé jusqu’à 80% de la valeur des contrats, en particulier sur le gaz naturel. Du jamais vu ! Le marché des matières premières était totalement dysfonctionnel. Des opérateurs de marché ont décidé dans la précipitation de se retirer, ce qui a réduit la liquidité, et certains négociants ont alors été confrontés à un risque de défaut, ne pouvant pas payer les appels de marge demandés. Heureusement, la situation s’est depuis normalisée.

La bonne nouvelle actuellement, c’est que nous ne sommes pas confrontés à une répétition de ce scénario noir. Il n’y a pas d’envolée des appels de marge quotidiens et aucun acteur n’est en difficulté. C’est certainement le signe qu’il ne faut pas paniquer et se garder d’écouter les oiseaux de mauvais augure qui prédisent toujours le pire.

À surveiller

Outre l’actualité géopolitique, notre attention va se porter sur l’inflation américaine. Deux statistiques sont attendues : les prix à la consommation en février et l’indice PCE core pour janvier qui est considéré comme l’indicateur d’inflation préféré de la Réserve Fédérale (Fed). Ce dernier est prévu à 3% sur un an – un niveau toujours un peu trop élevé par rapport à la cible de la banque centrale à 2%. Au cours des derniers mois, les pressions inflationnistes ont surtout résulté des prix de l’énergie et de l’alimentation. Sans surprise, au regard du contexte au Moyen-Orient, il est évident qu’il n’y aura pas d’accalmie à ce niveau. Étant donné l’incertitude ambiante, le marché n’anticipe désormais plus de baisse des taux par la Fed lors de sa réunion de mi-mars. Le taux directeur devrait rester compris entre 3,5% et 3,75%. En revanche, cela risque de déplaire fortement au président américain Donald Trump. De nouvelles attaques contre Jerome Powell sont à prévoir.

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

En 1979, avant la chute de la monarchie, l’Iran était la 17ème économie mondiale. De nos jours, elle n’est plus que la 34ème…

La nouvelle vague - 02.03.2026

L’anxiété liée à l’IA perdure. Conséquence directe, la valorisation des actions technologiques américaines est désormais proche de celle des entreprises du secteur de la consommation. Au cours des sept dernières années, c’est déjà arrivé à trois reprises : lors de la Covid, pendant la correction de 2022 et dans la foulée du Liberation Day en avril 2025.

Est-ce que le marché a raison de s’inquiéter ? Pas vraiment. Les prévisions liées à l’impact de l’IA sont peu fiables et reposent sur des scénarios contestables qui auraient pu être écrits pour Roland Emmerich*. Prenons l’étude de Citrini qui a fait couler beaucoup d’encre la semaine dernière. D’après elle, la hausse de la production résultant de l’IA va entraîner une croissance du PIB mais elle ne va pas se diffuser dans l’économie réelle. Pourtant, pour que le PIB augmente, il faut que d’autres facteurs entrant dans son calcul progressent également. Nous avons le choix. Il peut s’agir de la consommation, de l’investissement, des dépenses publiques ou des exportations nettes. Il est peu probable que les exportations nettes et les dépenses publiques augmentent dans la durée, notamment en raison des contraintes budgétaires bien connues. Reste l’investissement. Mais sa progression n’est soutenable que si la consommation suit. Pour Citrini, elle devrait chuter. Ce n’est pas cohérent.

Bref, la plupart des études sur le rôle disrupteur de l’IA sont à prendre avec des pincettes.

La seule étude de référence qui repose sur des données solides est celle de la Réserve Fédérale de Dallas du 24 février 2026. Elle établit que l’IA freine les créations d’emplois aux États-Unis dans les secteurs les plus exposés à cette technologie mais a un effet marginal sur l’ensemble de l’économie, pour l’instant. Point important, les salaires dans les secteurs exposés à l’IA progressent plus vite que la moyenne. Pourquoi ? Les nouveaux entrants sur le marché du travail sont remplacés tandis que l’IA valorise les employés les plus expérimentés et accroît leur valeur marchande.

Attention, cela ne veut pas dire que des secteurs ne vont pas être fortement chahutés. Mais ce ne sera certainement pas les logiciels à long terme. C’est une autre histoire pour les puces. Nvidia et Google repensent complètement l’architecture de leurs processeurs pour réduire leur dépendance à la mémoire HBM devenue trop coûteuse. Même une légère remise en cause de son statut pourrait entraîner des répercussions importantes sur les actions des fabricants de puces. Quand ? Impossible à dire.

Notre analyse de la situation au Moyen-Orient

  • Durant le week-end, la réaction initiale des marchés a été plutôt modérée (forte baisse des cryptomonnaies, EUR/USD relativement stable et légère hausse de l'or).
  • Aujourd’hui, et peut-être les jours suivants, nous pourrions assister à un regain d’intérêt pour les actifs en dollars, ce qui entraînera une baisse des rendements des bons du Trésor et une appréciation du dollar. Le franc suisse devrait également progresser fortement, renforçant la possibilité que la Banque Nationale Suisse intervienne directement sur le marché pour freiner sa hausse. Qu'en est-il du yen ? Un rebond à court terme est également possible. Cependant, la pression baissière persiste, d'autant plus que la hausse des taux par la Banque du Japon, un temps espérée pour mars/avril, est reportée.
  • Les prix du pétrole devraient fortement progresser. Lors de la guerre des 12 jours de juin 2025, ils ont bondi de 15%, avant de retomber rapidement à leurs niveaux d'avant-conflit une fois les hostilités terminées. Le pétrole devrait suivre la même tendance cette fois encore.

Ce que nous ignorons :

Les États-Unis et Israël ont quatre objectifs : empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire, frapper ses capacités de missiles balistiques, neutraliser ses capacités navales et limiter son rôle déstabilisateur au niveau de la région.

Point d’incertitude, la durée du conflit. Les marchés anticipent que le conflit ne durera pas plus longtemps que celui de mi-2025. Pourquoi ? Trump n’a aucun intérêt à un enlisement qui pourrait compromettre ses chances de victoire lors des élections de mi-mandat. C’est aussi notre avis. Mais un nouveau paramètre est à prendre en compte. Cette fois, l’administration Trump appelle ouvertement à un changement de régime. Ce n’est pas une guerre comme les autres pour la République islamique. C’est une guerre de survie. En fonction de la capacité de l'Iran à poursuivre ses frappes dans la région, du soutien militaire de ses alliés (Hezbollah, Houthis) et de la situation sur le terrain en Iran (troubles intérieurs, conflits internes au sein du pouvoir), nous pourrions nous diriger vers un conflit plus long et des tensions plus importantes sur les marchés que prévu. Peut-être que cette fois-ci les investisseurs pêchent par excès de confiance. Peut-être…

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

C’est retombé comme un soufflé. Il y a encore une semaine, des rumeurs circulaient concernant une hausse des taux par la Banque du Japon (BoJ) en mars ou en avril. À l’issue d’une réunion avec la Première ministre japonaise, cette option est désormais exclue. C’est plutôt une bonne nouvelle. Selon une estimation basse de la Banque des Règlements Internationaux, les positions de carry trade en yen représentent 1000 milliards de dollars. En juillet 2024, la hausse « surprise » des taux par la BoJ avait provoqué un débouclage en panique des positions de carry trade non hedgées conduisant à des pertes importantes et à une panique qui s’est propagée sur les actions et les obligations mondiales. À priori, nous évitons pour l’instant une répétition de cet épisode catastrophe. Ouf !

*Producteur de films catastrophes, comme Independence Day.

Désamour américain - 23.02.2026

En apparence, les marchés financiers se portent bien. Les taux courts réels sont sous contrôle tandis que les taux longs sont en baisse. Les indices sont proches de leurs points hauts. Mais sous la surface, une dislocation des marchés est en train de se produire. De moins en moins d’actions contribuent à la hausse tandis que les actions technologiques font l’objet de ventes indiscriminées, même lorsque les fondamentaux sont bons.

Amazon est un exemple parfait. L’entreprise a construit la troisième plus grosse activité publicitaire au monde avec un chiffre d’affaires annuel de 69 milliards de dollars. C’est une activité avec des marges très élevées, peu de coûts logistiques et une monétisation directe du trafic existant. Disruption possible de l’IA ? À la marge. L’IA va être un accélérateur de croissance pour Amazon, mais pas une menace. Même chose pour Microsoft. Mal aimée par les investisseurs, l’entreprise est pourtant un leader du cloud, possède une position stratégique dans l’IA et peut se vanter d’avoir des revenus récurrents solides. Rien à voir avec le secteur des logiciels. La valorisation, qui a suscité des inquiétudes au début de 2025, n’est désormais plus un sujet. En outre, les anticipations de croissance des bénéfices sont au beau fixe. Pour 2026, une hausse de 23% est attendue pour le Nasdaq*.

Alors pourquoi ce désamour des actions technologiques américaines ? Certains mettent en avant le « debasement trade », l’IA, la géopolitique, les inquiétudes concernant une remise en cause de l’indépendance de la Fed ou la dégradation du marché du travail américain, en particulier pour les nouveaux entrants. Ces facteurs jouent certainement un rôle. Mais la vérité est ailleurs. Nous sommes face à des marchés très techniques, où les algorithmes, les fonds spéculatifs et les ventes à découvert ont pris une part dominante. Ils ne réagissent pas aux annonces économiques ou d’entreprises mais en fonction des flux et des niveaux techniques. D’où une volatilité en forte hausse. En se basant sur les données de Bloomberg, la volatilité moyenne d’une action américaine au cours du mois de janvier était de 10,8% - bien supérieure à sa moyenne de long terme. C’est la nouvelle normalité du marché des actions.

À surveiller

Ce début de semaine devrait être plutôt calme. En Asie, les échanges étaient faibles à cause du dernier jour des festivités du Nouvel An chinois.

En Europe, l’indice IFO du climat des affaires attendu ce lundi matin devrait s’améliorer un peu en Allemagne en février. Le plan de relance massif présenté par Berlin il y a un an commence à porter ses fruits. Une première partie des 1 000 milliards d’euros mis sur la table a été déboursée en fin d’année 2025. Nous nous attendons à ce que l’Allemagne sorte enfin de la stagnation économique cette année avec une croissance à 1,5% contre 1,2% pour la zone euro.

À surveiller ce mardi : l’indice de confiance du consommateur américain en février publié par le Conference Board. Depuis quelques mois, la confiance des ménages est en chute. C’est certainement lié au ralentissement du marché du travail. Pour l’instant, cela ne remet pas en cause la bonne dynamique économique américaine, qui est portée par les investissements massifs dans l’IA. Mais c’est un point de fragilité à ne pas négliger dans les mois à venir et qui pourrait inciter la Fed à abaisser davantage ses taux directeurs que prévu.

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

Le marché de l’immobilier chinois est dans une situation pire que prévu. Dans les principales villes du pays, les prix ont chuté d’au moins 20% depuis 2021*. Aucune reprise ne se dessine. Prenons Shenzhen. Des appartements qui se vendaient 110 000 yuans le mètre carré s’échangent désormais à 50 000 yuans. Des dizaines de millions de familles voient leurs économies fondre comme neige au soleil, tout en continuant de rembourser des prêts immobiliers sur des biens qui ne valent plus qu'une fraction de leur dette. À Zhengzhou, capitale de la province du Henan, 500 000 ménages sont déjà en défaut de paiement. Les banques ont renoncé aux saisies, car moins de 20% des logements saisis trouvent preneur. Évidemment, c’est un sérieux problème économique quand 70% de la richesse des ménages chinois est liée à l’immobilier contre moins de 30% dans les pays développés.

*Bloomberg, 17 février 2026.

Ruée vers l’or - 16.02.2026

L’envolée de l’or a permis de redécouvrir les minières. Elles ont eu un beau parcours boursier en 2025. Ce n’est certainement que le début. L’ensemble des entreprises minières aurifères représente une capitalisation boursière de seulement 1 000 milliards $. C’est moins que Walmart (1 100 milliards $). C’est l’équivalent de 1% de la capitalisation boursière mondiale. Historiquement, c’était autour de 10%. Tout porte à croire que cette sous-représentation du secteur ne va pas durer.

Les minières peuvent capitaliser sur l’intérêt des institutionnels pour l’or. Actuellement, le métal précieux est sous-représenté dans les allocations d’actifs – autour de 1 à 2% selon Morningstar. Lors du précédent supercycle haussier des matières premières, ces dernières – surtout l’or et un peu l’argent – représentaient jusqu’à 12% du total.

En outre, les entreprises aurifères font l’objet de décotes inédites qui correspondent à un prix de l’once d’or entre 2,000 et 2,500 $ alors qu’il se situe actuellement au-dessus de 5,000 $. Toutes les entreprises du secteur sont concernées. Les grandes capitalisations se négocient à un prix inférieur à leur valeur comptable (valeur liquidative de 0,75) tandis que les petites sont encore moins chères avec une valeur liquidative de 0,51.

Difficile, dans ces conditions, de rester à l’écart.

À surveiller

Le calendrier économique de la semaine est presque vide, avec seulement quelques statistiques américaines mais qui ne sont pas de premier plan. En revanche, il faut s’attendre à une baisse des volumes échangés sur les bourses en raison d’un lundi férié aux États-Unis (anniversaire de George Washington) et du Nouvel An chinois toute la semaine. Il est donc possible qu’il y ait des mouvements erratiques, surtout si l’actualité est anxiogène. Prudence.

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

L’ISM manufacturier américain a atteint 52,1 en janvier – renouant avec une phase d’expansion pour la première fois en douze mois (le seuil de 50 sépare la contraction de l’expansion de l’activité). Cela a rassuré tous ceux qui s’inquiétaient en fin d’année dernière de l’état de l’économie américaine. Nous continuons d’être confiants pour la croissance des États-Unis en 2026. En revanche, baser son jugement uniquement sur l’ISM est un peu risqué. Cet indicateur est souvent mal compris. L’ISM ne mesure pas l'ampleur des variations de la production ou des commandes. Il suit simplement la proportion d'entreprises signalant une amélioration par rapport à celles signalant une détérioration. Il suffit qu’un nombre relativement restreint d’entreprises réapprovisionnent leurs stocks qui étaient au plus bas, comme c’est souvent le cas en janvier, pour que l’indice ISM grimpe de manière significative. En réalité, cela ne traduit pas une amélioration généralisée de la conjoncture mais une variation statistique sans grand intérêt. C’est d’ailleurs pour cela qu’on prête en général assez peu attention aux indicateurs PMI/ISM pour faire des prévisions économiques.

Trop d’excès - 09.02.2026

Comment expliquer la volatilité ambiante ? Certes, il y a de nombreux sujets d’inquiétudes. Prenons deux exemples en lien avec l’intelligence artificielle. Comme c’est systématiquement le cas tous les ans, les investisseurs craignent que l’IA ne mette à genou certains secteurs. Cette fois, ce sont les logiciels qui en ont fait les frais. Beaucoup craignent un risque de commoditisation et une pression à la baisse sur les prix, d’où une chute récente des actions du secteur. Ce n’est en rien prouvé. Il y a en revanche des excès réels résultant de l’engouement boursier pour l’IA. Oracle en est le meilleur exemple. L’entreprise a signé un contrat de 300 milliards $ avec OpenAI pour louer des serveurs. Problème, les banques américaines refusent désormais de financer les projets de data centers liés à Oracle. L’entreprise est donc contrainte de lever en urgence 50 milliards $ via de la dette et des actions. Le contexte n’est pas favorable. L’entreprise brûle du cash à une vitesse record, suscitant à juste titre l’inquiétude des investisseurs.

Mais il y a un autre facteur à prendre en compte qui est trop rarement mentionné : la structure des marchés financiers. Les algorithmes dominent, allant jusqu’à représenter 80% des volumes échangés sur certains marchés. Ils se contentent d’acheter ou de vendre en fonction des flux, le tout souvent en ayant recours à des effets de levier x2 voire x3. Quand tout le monde est optimiste, pas de problème. En revanche, si la confiance s’effrite, des pics de volatilité soudains peuvent se produire qui sont amplifiés par les effets de levier. C’est en partie ce qui s’est passé sur l’argent, et qui s’est propagé à d’autres actifs, lors de la séance houleuse du 30 janvier. Il faut certainement s’attendre à ce que ces regains de volatilité, qu’on a pu observer par le passé en particulier sur les devises, deviennent de plus en plus fréquents. Il y a toutefois une bonne nouvelle : tant que la liquidité reste abondante, les dommages qui en résultent restent mineurs.

À surveiller

Au niveau des statistiques, la semaine est calme. Les prix à la consommation aux États-Unis en janvier constituent le point d’attention majeur. Sauf surprise, ils devraient ressortir proches de leur niveau de décembre à 2,7% sur un an. L’inflation américaine est plus élevée que dans d’autres économies développées. Ce n’est pas particulièrement inquiétant car c’est en partie la conséquence d’une demande plus soutenue qu’ailleurs. De notre point de vue, cela ne devrait pas empêcher la Réserve Fédérale de baisser à deux reprises les taux directeurs pour un total de 50 points de base ce semestre. C’est déjà en partie intégré par le marché.

Enfin, le Royaume-Uni va publier jeudi sa première estimation du PIB pour le T4 2025. Pas d’impact important à attendre. Nous nous attendons cependant à ce que la politique britannique continue de peser sur la devise et le marché obligataire britanniques. Le 26 février, une élection partielle importante pour le Parti travailliste au pouvoir va avoir lieu. Selon les sondages, il pourrait perdre le siège qui est en jeu au profit du parti populiste Reform UK, ce qui risque d’accentuer la pression sur le Premier ministre Keir Starmer. Des élections législatives anticipées ne sont pas à exclure après les municipales du printemps.

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

Le bras de fer sino-américain continue. Pour l’instant, les Américains continuent d’enchaîner les victoires en Amérique latine. La Cour suprême du Panama a annulé la concession du hong kongais CK Hutchison pour l’exploitation des ports de Balboa (côté Pacifique) et Cristóbal (côté Atlantique) qui donnent accès au stratégique canal de Panama. Le tribunal juge les termes de la concession inconstitutionnels, mettant fin à près de trois décennies de présence chinoise dans les infrastructures portuaires du pays.

Envie de voyages - 02.02.2026

Le « debasement trade » fait des heureux. Les investisseurs réduisent leur exposition aux actifs en dollar. Cela profite aux pays émergents. Prenons le Brésil. Il réunit tous les facteurs expliquant l’engouement récent pour les actifs émergents. La valorisation de son marché des actions est très attrayante avec un ratio cours sur bénéfice à 12. Les ratios financiers des grandes entreprises sont solides, qu’il s’agisse des flux de trésorerie disponibles, de la politique de dividendes ou de l’endettement net. L’économie brésilienne se porte comme un charme avec une banque centrale qui contient habilement les pressions inflationnistes et devrait reprendre son cycle de baisse des taux en mars. Enfin, le Brésil devrait pleinement bénéficier du supercycle des matières premières qui est en train de prendre forme. Le groupe minier Vale, qui a une capitalisation boursière de 73 milliards de dollars (contre 171 milliards de dollars pour son concurrent australien BHP), devrait être parmi les gagnants. Son management ne cache pas ses ambitions ! Son PDG, Gustavo Pimenta, a récemment déclaré : « Vale se doit d'être la plus grande entreprise minière au monde car nous possédons les plus importantes ressources minières au monde ».

Résultat, les investisseurs sont au rendez-vous. L’indice Bovespa des 100 principales entreprises est en hausse de 13% depuis le début d’année et de 46% sur un an. Selon Bloomberg, les flux de capitaux entrants sur le marché des actions brésilien ont atteint 2,3 milliards de dollars en janvier – un record depuis deux ans. En outre, la semaine dernière, le Brésil a affiché la meilleure performance boursière au monde, avec une hausse de plus de 10% en USD.

Les bourses indienne et sud-coréenne connaissent des envolées similaires.

Qu’est-ce qui pourrait dérailler ? Le narratif de marché. Quand un segment de marché marche bien, il a tendance à attirer de nouveaux investisseurs. C’est amplifié par les algorithmes, qui contrôlent jusqu’à 90% du marché, et qui se contentent d’acheter les flux entrants et de vendre les flux sortants.

Il suffit que le narratif change pour qu’on passe à une phase de sous-performance sévère. C’est peu probable cette année. Mais c’est à garder en tête pour l’avenir.

À surveiller

Pas de surprise à attendre du côté des banques centrales cette semaine. À l’instar de la Réserve Fédérale, la Banque Centrale Européenne et la Banque d’Angleterre devraient maintenir leurs taux inchangés, respectivement à 2% et à 3,75%. La livre sterling reste sous pression à cause de la politique britannique. Le 26 février, une élection partielle importante pour le Parti travailliste au pouvoir a lieu. Selon les sondages, il pourrait perdre le siège qui est en jeu au profit du parti populiste Reform UK, ce qui risque de compliquer l’avenir politique du premier ministre Keir Starmer. En Europe, le Parlement européen doit décider mercredi d’avancer ou non sur l’accord commercial UE-USA. C’est mal parti. Enfin, les élections législatives anticipées au Japon auront lieu le 8 février. Bien que la cote de popularité de la première ministre Sanae Takaichi soit en berne (mais toujours supérieure à 50%), son parti devrait obtenir la majorité absolue. C’est déjà anticipé par le marché.

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

Lors de la séance de vendredi, l’argent a chuté d’un seul coup de 28% – la plus forte baisse de l’histoire, depuis 200 ans. Dans la foulée, cela a poussé à la baisse l’once d’or qui a reculé de 10%. C’est totalement inhabituel. 

Que s’est-il passé ?

Cela s’est produit à cause du même mécanisme qui a provoqué le krach boursier de 1929 : le « ticker tape lag » (retard du ruban de cotation). L’argent se négocie sur les marchés au comptant (spot), mais il est aussi détenu via des ETF. Lorsque son prix s’effondre brutalement, les échanges sont suspendus pendant quelques minutes pour calmer les investisseurs. Problème, pendant ce temps, les ETF sur l’argent continuent à être massivement vendus. Lorsque la suspension des échanges sur le marché spot prend fin, le prix de l’argent chute de nouveau afin de s’aligner sur les ETF.
La panique l’emporte. Cela déclenche encore plus de ventes d’ETF et provoque la liquidation des positions à effet de levier (parfois x3 sur ce marché). Nous entrons dans une spirale baissière qui ne peut s’arrêter que si tous les vendeurs en mode panique sont sortis du marché ou qu’un petit groupe d’investisseurs (potentiellement des fonds spéculatifs) considère que le prix actuel constitue un point d’entrée à l’achat. Il faudra certainement plusieurs jours pour y voir plus clair.

Morale de l’histoire : cela souligne les dysfonctionnements qui peuvent être provoqués par les ETF à effet de levier, en particulier sur des segments de marché peu profonds comme les matières premières.

Les données de performance sont issues de Boursorama, en date du 28 janvier 2026.

Déboires chinois - 26.01.2026

Le Groenland a été au cœur de l’actualité. À tort. C’était du côté de la Chine qu’il fallait regarder. Elle a publié ses dernières statistiques. Elles ne sont pas bonnes. L’objectif de croissance à 5% a été officiellement atteint en 2025. Mais si on creuse un peu, on se rend compte des nombreuses fragilités de l’économie chinoise. En dépit des discours officiels et des vœux pieux, les exportations continuent d’être le principal moteur de croissance et cela risque de s’accentuer cette année. Les statistiques sur les prêts publiées la semaine dernière sont horribles ; les pires jamais enregistrées. Les Chinois ne font littéralement pas de demande de prêt, et c’est encore plus inquiétant si on se concentre sur les prêts au secteur privé. Cela nous donne une indication de la faiblesse de la demande intérieure. En cause, toujours les mêmes problèmes bien connus liés à la crise immobilière et à l’essor du chômage. Cette situation risque d’entraîner des conséquences géopolitiques. La Chine étant très dépendante du commerce international, même s’il s’est renforcé ces dernières années avec les autres pays asiatiques, elle n’a pas intérêt à court terme à envenimer la guerre commerciale avec les États-Unis.

Est-ce que tout ceci constitue une raison valable pour rester à l’écart des actions chinoises ? Pas nécessairement. On sait depuis longtemps que la bourse est en grande partie décorrélée de l’économie réelle.

À surveiller

La réunion de la Réserve Fédérale américaine (Fed) est le point d’attention de la semaine. Elle se réunit mardi et mercredi. Elle devrait laisser son taux directeur inchangé. Pourquoi ? L’économie américaine est solide. Nous nous attendons à une réaccélération de la croissance au second semestre sous l’effet des baisses de taux déjà effectuées, de prix de l’énergie faibles et des mesures de relance budgétaire – comme les chèques aux ménages évoqués en fin d’année dernière.

L’inflation reste supérieure à sa cible de 2%. Mais elle n’évolue pas à des niveaux préoccupants. En décembre, l’indice des prix à la consommation est ressorti à 2,7 % sur un an - en ligne avec le consensus – tandis que l’inflation sous-jacente, qui est plus importante pour estimer la dynamique des prix, est ressortie un peu plus basse que prévu à 2,6 %. L’envolée tant redoutée des prix à cause du protectionnisme ne s’est pas produite. L’électroménager est en repli de 4,3 % sur un an, par exemple. C’est une bonne nouvelle. Comment l’expliquer ? Les entreprises américaines, en très bonne santé dans l’ensemble, ont réduit légèrement leur marge et n’ont pas fait payer aux consommateurs la hausse des taxes douanières. Cela nous rappelle qu’il faut se garder de tirer des conclusions hâtives et ne jamais surinterpréter le fait politique.

Enfin, le marché du travail ralentit certes. Mais il ne s’effondre pas. Les créations d’emplois dans le secteur privé mesurées par ADP indiquent une hausse moyenne de 11 750 postes par semaine au cours des quatre semaines précédant le 20 décembre. Ce chiffre est cohérent avec la croissance mensuelle de 50 000 emplois non agricoles en décembre annoncée au début du mois par le Département du Travail. C’est moins qu’il y a un an de cela. Mais ce n’est pas préoccupant. Le marché du travail n’est pas en récession.

N'en déplaise à Donald Trump, la Fed peut se permettre d’attendre d’avoir plus d’informations sur l’état de l’économie en ce début d’année avant de baisser ses taux de nouveau, probablement au printemps. 

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

Du nouveau au niveau des terres rares et des minerais stratégiques. Le gouvernement américain est passé du rôle de régulateur à celui d’acheteur en dernier ressort.

  • Donald Trump a invoqué l’article 232 qui met en place des prix planchers pour les métaux critiques. Cela va protéger les producteurs américains du dumping étranger et garantir la viabilité économique de l’exploitation minière aux États-Unis.
  • En outre, la loi SECURE Minerals Act a été présentée. Elle crée une réserve stratégique de terres rares et de métaux critiques pour une valeur de 2,5 milliards $, gérée par une entité indépendante qui peut en acheter à tout moment sur le marché et qui doit contribuer à la stabilisation des prix.

Et l’Europe dans tout cela ?

L’année du Serpent se termine bien - 19.01.2026

L’envolée de la bourse chinoise se poursuit. Le Shanghai Composite est au point le plus haut depuis dix ans. Surtout, les volumes de transactions en bourse sont à un niveau record. Lors de la séance du 12 janvier, ils ont atteint 3 600 milliards de yuans (soit 440 milliards d’euros au taux de change actuel).

Comment l’expliquer ? L’épargne des ménages chinois, qui avait été investie dans des produits structurés lorsque les taux d’intérêt étaient plus hauts, est désormais placée sur les actions qui sont à des valorisations attrayantes. Même si ce n’est pas une science exacte, plus de volumes échangés vont souvent de pair avec des indices boursiers en hausse. C’est vérifié dans le cas présent. Enfin, les grandes entreprises chinoises de la tech se portent bien. Malgré la déflation qui persiste au niveau des prix à la production (-1,9% sur un an en décembre), elles ont réussi à redresser leurs marges tout en opérant des rachats d’actions conséquents.

Prenons Alibaba. Son activité en e-commerce a explosé en 2025 à cause de l’augmentation des commissions sur les plateformes qui est effective depuis 2024, de l’adoption de ses outils publicitaires par la majorité des vendeurs, et de l’effet positif des subventions octroyées par le gouvernement. L’entreprise devrait, en outre, trouver un relais de croissance cette année sur le segment des services à la demande pour les acheteurs (demande de devis, trade assurance, services après-vente, arbitrage en ligne). Résultat : son action est en hausse de 54% sur les six derniers mois*.

Seul bémol, les flux acheteurs sur les actions chinoises sont essentiellement liés à des investisseurs locaux, pour l’instant. Les étrangers sont à l’écart du marché, souvent pour des considérations géopolitiques. Une erreur, selon nous.

À surveiller

La géopolitique peut à tout moment revenir sur le devant de la scène. Mais elle devrait entraîner des perturbations faibles. Du côté des banques centrales, la Banque du Canada (BoC) ouvre le bal. Sauf surprise, elle devrait maintenir ses taux inchangés à 2,25%. Attention, le cycle d’assouplissement n’est pas terminé ! Les banques centrales bougent rarement leurs taux en début d’année. Pourquoi ? Elles attendent d’avoir plus de statistiques sur l’orientation de l’économie pour l’année qui commence avant de trancher. Une baisse des taux de 25 points de base par la BoC est crédible en mars. La Réserve Fédérale américaine (Fed), qui se réunit plus tard ce mois-ci, devrait aussi opter pour une pause, malgré la pression de la Maison Blanche.

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

Connaissez-vous l’application chinoise « Are You Dead » ?

C’est l’une des applications payantes les plus téléchargées par les Chinois depuis son lancement la semaine dernière sur l’Apple Store. Conçue pour les personnes vivant seules, elle envoie automatiquement un courriel aux contacts d'urgence si l'utilisateur ne donne pas de nouvelles pendant deux jours consécutifs. Son succès fulgurant s’explique par la peur du « kodokushi » ou mort solitaire. Près de 125 millions de Chinois vivent seuls, en particulier des jeunes et des personnes âgées.

*Source : Boursorama, 15 janvier 2025

Après le Venezuela, le Groenland ? - 12.01.2026

Ce n’est pas la première fois que les États-Unis cherchent à s’étendre au-delà de leur frontière nord. En 1890, le McKinley Tariff avait pour ambition «d’affamer le Canada jusqu’à l’annexion» afin de le forcer à rejoindre les États-Unis. Ce ne fut pas un grand succès. Le Canada s’est rapproché de la Grande-Bretagne.

L’enjeu est différent de nos jours. L’administration américaine semble faire sienne la vision défendue par la Russie et la Chine depuis une quinzaine d’années : des aires civilisationnelles dominées chacune par un État impérial. Ce ne serait pas la première fois que cela survient. Souvenons-nous de l’accord entre les Portugais et les Espagnols signés sous l’égide du pape Alexandre VI en 1494 pour se partager le monde. Dans le cas présent, l’hémisphère occidental reviendrait à Washington, ce qui inclut évidemment le Groenland. Cela tombe bien, le territoire regorge de zinc, de cuivre… et surtout d’uranium. Le seul site de Kvanefjeld, au sud, possède les 6ème réserves mondiales d’uranium. Ce dernier est essentiel pour fournir de l’énergie à bas coût afin d’assurer l’hégémonie technologique américaine dans l’IA. Trump l’a bien compris. Le jour de son investiture, il a d’ailleurs ajouté l’uranium sur la liste des métaux stratégiques.

Quelle forme pourrait prendre l’accord ? Le plus simple serait un statut de territoire non incorporé des États-Unis sur le modèle de Porto Rico. Le Groenland aurait sa propre Constitution et une large autonomie de gestion tandis que les affaires étrangères et la défense relèveraient de Washington. En bonus, les groenlandais obtiendraient la citoyenneté américaine et des avantages fiscaux importants. La seule question qui reste en suspens : comment réagirait l’Europe ?

À surveiller

L’inflation américaine en décembre est en ligne de mire. Peu probable que cela provoque beaucoup d’intérêt. Le marché table sur deux baisses de taux de 50 points de base au premier semestre – ce qui est cohérent avec notre scénario. L’inflation légèrement supérieure à la cible résulte, en grande partie, de l’excès de crédit (masse monétaire M2 à un record historique) et d’une demande soutenue. Ce n’est donc pas problématique.

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

Le gaz naturel européen commence l’année en baisse à un point bas de quatre mois, après avoir chuté de 45% en 2025. En cause, des conditions climatiques loin d’être mauvaises et surtout une abondance de l’offre. C’est une bonne nouvelle pour les entreprises européennes. Pas de crise de l’énergie !

Que se passe-t-il sur l’argent ? - 05.01.2026

Les recherches Google pour l’argent sont à un point haut historique. Pourquoi ? Son prix en dollar a augmenté de 150% en moins d’un an* – soit une performance deux fois supérieure à celle de l’or. Cela éveille évidemment l’intérêt du grand public. Comment expliquer une telle hausse ? Certains analystes considèrent que le marché dégrade la valeur réelle du dollar dans laquelle le métal précieux est exprimé. Cette théorie a le vent en poupe. Mais elle nous semble peu crédible. Selon nous, quatre facteurs explicatifs sont à prendre en compte : une demande en forte progression de l’industrie qui fait face à une offre en baisse, des achats spéculatifs par les institutionnels au détriment de l’or, la corrélation positive entre l’or et l’argent (lorsque l’or monte, l’argent finit toujours par monter également) et la décision prise par la Chine pendant la trêve de Noël d’imposer à partir du 1er janvier des restrictions aux exportations sur l’argent – comme elle le fait sur d’autres métaux critiques. Dans la foulée, cela a fait flamber l’once au-dessus de 85 dollars à Shanghai le 29 décembre. Du jour au lendemain, c’est 13% de l’offre d’argent au niveau mondial qui est quasiment inaccessible.

Il n’y a pas que l’or et l’argent qui sont sur la pente ascendante. L’uranium, et d’autres matières premières, pourraient suivre le même chemin en 2026.

À surveiller

L’emploi américain pour décembre va être le principal point d’attention, alors que la Réserve Fédérale américaine (Fed) a signalé une approche prudente concernant la baisse des taux lors de sa dernière réunion. Même si des incertitudes subsistent sur l’ampleur des baisses à venir, il est probable que deux nouvelles baisses de taux pour un total de 50 points de base aient lieu au cours du premier semestre. Cela porterait le taux directeur entre 3,00% et 3,25%. C’est en ligne avec le consensus. L’évolution par la suite va dépendre, outre des habituelles statistiques économiques, de la capacité du remplaçant de J. Powell à prendre son envol par rapport à Donald Trump. Nous savons que le marché aime jouer à se faire peur. Nous doutons qu’une remise en cause de l’indépendance formelle de la Fed soit un risque crédible. L’enjeu est surtout de savoir si le nouveau président de la banque centrale sera en mesure de résister aux coups de pression de l’exécutif. Powell a été impassible. Certains de ses prédécesseurs, parfois malmenés physiquement par le locataire de la Maison Blanche, ont courbé l’échine.

Vous ne l’avez pas lu dans la presse

C’est un peu passé sous les radars. Et pourtant, c’est certainement l’un des événements géopolitiques les plus importants des dernières années. Le 26 décembre 2025, Israël a reconnu le Somaliland – petit État démocratique dans la Corne de l’Afrique qui s’est séparé de la Somalie depuis 1991. Il est situé à une position stratégique. Son port de Berbera donne un accès direct à la mer Rouge et il peut accueillir des installations militaires permettant de surveiller les Houthis. C’est aussi pour Israël le moyen de contrecarrer les influences iraniennes et turques dans la région, et de se rapprocher de l’Éthiopie qui s’est rapprochée économiquement du Somaliland depuis 2024.

*Source : Boursorama, 29 décembre 2025