Où sont cachés les gains de productivité liés à l’IA ? - 07.09.2026
C’est la question que tout le monde se pose sur les marchés financiers. S’il n’y a pas ou peu de gains de productivité, pourquoi investir autant ? Est-ce juste une question de timing ? Peut-être. Mais le problème est ailleurs, selon nous. Faisons un détour par 1842 pour mieux comprendre. Cette année-là, les usines textiles de Lowell, dans le Massachusetts, confient un troisième métier à tisser mécanique à chaque ouvrier. Nous sommes en pleine première révolution industrielle, celle de la mécanisation, de la vapeur et du textile. Le postulat de départ est simple : avec trois machines au lieu de deux, la production devrait augmenter de moitié. Pourtant, ce n’est pas ce qui se produit. Pourquoi ? Parce que l’ajout d’une machine transforme le travail de l’ouvrier. Comme l’explique l’économiste James Bessen, son véritable travail n’est plus seulement de tisser, mais aussi de surveiller le tissage et de repérer les défauts avant qu’ils ne ruinent un rouleau entier. Ajouter une machine, c’était ajouter de la vérification au-delà de ce qu’un humain pouvait gérer. Résultat, les usines ont dû ralentir leurs machines de 15% et consacrer une année à former leurs ouvriers. Par la suite, 62% des gains de productivité sont venus non des machines mais de la formation.
C’est exactement la dynamique de l’IA aujourd’hui. Le coût de production d’un texte, d’un code ou d’une analyse générés par l’IA s’effondre. Mais le coût de leur vérification reste humain. Et c’est dans cet écart que la valeur se détruit. Alors, pourquoi ne pas faire vérifier le travail de l’IA par une autre IA ? C’est risqué. À ce jour, l’IA n’offre pas une vérification indépendante fiable, notamment parce que les modèles présentent plusieurs biais systématiques. Une étude de Wang en 2024 montre par exemple qu’un LLM, un modèle de langage, peut modifier son évaluation du travail d’un autre LLM simplement en inversant l’ordre de présentation des réponses. L'enjeu n'est donc pas de substituer la machine à l'humain, mais d'inventer leur association, et de former sérieusement ceux qui vérifient. L’histoire économique prouve que la technologie seule ne crée pas de performance, et que tout dépend de la manière dont elle est mobilisée au sein d'une organisation et de processus repensés.
Des formations continue sont-elles la bonne réponse à apporter ? Pas nécessairement. Il faut plutôt revenir à l’essentiel : maîtriser les savoirs fondamentaux, savoir résoudre des problèmes complexes, distinguer une information fiable d’une information douteuse et développer un véritable esprit critique. Bref, quelque chose qui ressemble finalement beaucoup à l’esprit des Lumières.
À surveiller
L’issue de la réunion de la Banque Centrale Européenne fait peu de doutes. Ce qu’il faudra vraiment surveiller, ce sont les tensions sur les marchés agricoles.
Le prix du blé a bondi d’environ 30 % depuis fin juin, tandis que le maïs américain a atteint son plus haut niveau depuis juillet 2023*. Aux États-Unis, la production de blé devrait tomber à 1,53 milliard de boisseaux, son plus bas niveau depuis 1970-71, à cause de la sécheresse persistante.
En parallèle, la guerre perturbe l’une des principales routes céréalières mondiales : Russie et Ukraine représentent environ 27 % de l’offre mondiale de blé. Plus de 90 % des exportations ukrainiennes de céréales transitent normalement par les ports de la région d’Odessa, qui ont perdu environ un tiers de leurs capacités d’exportation.
Résultat, la prime de risque géopolitique revient sur le blé et le maïs. Tout n’est toutefois pas négatif. Kiev a fait savoir à Washington sa volonté d’entamer des négociations de paix avec Moscou ce mois-ci. Si elles aboutissaient, cela pourrait rapidement détendre les prix.
L’avez-vous lu ?
Bientôt la fin de l’alopécie ?
Ce fléau touche environ 30 % des hommes à 30 ans et 50 % à 50 ans. À l’image des GLP-1, qui pourraient profondément transformer la lutte contre l’obésité dans les cinq à dix prochaines années, de nouveaux traitements pourraient bientôt révolutionner celle contre l’alopécie.
Les investisseurs commencent en tout cas à y croire. Veradermics, qui développe une nouvelle formulation orale à libération prolongée du minoxidil, s’est envolée de près de 500% depuis son introduction en Bourse en février*. Les premiers résultats cliniques sont encourageants : après six mois, le nombre de cheveux a augmenté d’environ 30 par cm² chez les patients traités, contre 7 pour le placebo.
Autre piste : l’intelligence artificielle. Absci développe ABS-201, un anticorps injectable conçu grâce à l’IA qui cible le récepteur de la prolactine et pourrait ne nécessiter que quelques injections par an. Son action a plus que doublé cette année.
Enfin, Cosmo Pharmaceuticals mise sur la clascotérone, un traitement topique qui bloque localement les récepteurs aux androgènes responsables de la miniaturisation du follicule pileux. Le potentiel commercial pourrait atteindre 3 milliards de dollars à l’échelle mondiale.
L’enjeu est considérable : aucun nouveau mécanisme de traitement contre l’alopécie masculine n’a été approuvé depuis près de trente ans. Et contrairement à beaucoup de marchés pharmaceutiques, celui-ci n’est pas nécessairement à somme nulle : comprimés, traitements topiques et injections pourraient être utilisés simultanément.
*Données Boursorama en date du 3 septembre 2026
À la croisée des chemins - 31.08.2026
Depuis le début de l’année, les actions émergentes affichent d’excellentes performances. C’est notamment le cas au Brésil : l’Ibovespa, l’indice boursier de São Paulo, progresse de 6,2 % depuis janvier. Pour un investisseur européen, la performance est encore plus spectaculaire grâce à l’appréciation du réal. Exprimée en euros, la hausse atteint 13,5 %*.
Cette dynamique peut-elle se poursuivre ? Une grande partie de la réponse dépendra de l’élection présidentielle des 4 et 25 octobre. Si le président actuel Lula est reconduit, la hausse pourrait légèrement s’essouffler dans un premier temps, le marché craignant une envolée des dépenses publiques qui pourrait contraindre la banque centrale à maintenir des taux élevés. À l’inverse, si son principal opposant Flavio Bolsonaro l’emporte, cela pourrait susciter un nouvel engouement des investisseurs étrangers.
Pourquoi ? L’économie brésilienne est aujourd’hui confrontée à un paradoxe. La banque centrale maintient son taux directeur, le Selic, à un niveau très élevé à 14 %, alors que l’inflation est relativement maîtrisée, à 4,5 %, et que les comptes extérieurs restent solides, soutenus notamment par les exportations de pétrole, de soja et de minerai de fer. Mais un renversement est possible si un nouveau gouvernement, plus vertueux sur le plan budgétaire, est mis en place. La banque centrale aurait alors plus de latitude pour réduire ses taux. Les actions brésiliennes pourraient alors bénéficier d’un double moteur de performance :
- Rebond des bénéfices: baisse du coût de financement et diminution des provisions pour pertes sur crédit.
- Expansion des multiples: revalorisation des actions aujourd’hui négociées à des multiples de P/E proches de leurs points bas.
Parmi les gagnants possibles, le secteur financier.
À surveiller
En zone euro, la première estimation de l’inflation en août ne devrait pas détourner la BCE de sa trajectoire. Une nouvelle hausse de 25 points de base en septembre est largement anticipée, portant le taux de dépôt à 2,5%. Le marché envisage même la possibilité d’un troisième durcissement monétaire en décembre. Ce n’est pas notre scénario. Ce serait particulièrement dommageable alors que la croissance de la zone euro reste faible. Cela risquerait notamment de casser la reprise de l’investissement des entreprises, qui commençait à montrer des signes d’amélioration avant la hausse des taux de juin.
L’avez-vous lu ?
L’administration Trump fait le pari que les investissements massifs dans l’intelligence artificielle et les infrastructures associées, en partie soutenus directement ou indirectement par la politique budgétaire, provoqueront une accélération suffisamment forte de la productivité et de la croissance pour stabiliser, puis réduire, le poids de la dette publique.
Est-ce possible ? En théorie, oui. En pratique, c’est plus compliqué.
Avec une dette publique légèrement supérieure à 120% du PIB, ramener ce ratio vers 110% supposerait, selon nos hypothèses, une croissance nominale américaine d’environ 8,5% par an jusqu’en 2050. Une telle performance n’a jamais perduré sur une période aussi longue dans l’histoire économique américaine moderne.
*Données en date du 25 août, Boursorama. Propres calculs.
L’IA sous toutes ses coutures - 24.08.2026
« L’IA va entraîner une hausse de la demande en électricité. » C’est vrai… mais c’est un peu plus complexe que cela.
Le véritable enjeu n’est pas seulement de produire davantage d’électricité, mais de pouvoir l’acheminer au bon endroit et au bon moment. Aux États-Unis comme en Europe, les délais de raccordement peuvent désormais se compter en années.
Cela entraîne trois conséquences.
- Des zones industrielles jusqu’à présent délaissées peuvent devenir de véritables pépites. Prenons Homer City, en Pennsylvanie. Cette ancienne centrale à charbon a fermé en 2023… mais pas pour longtemps ! Le site va retrouver une seconde jeunesse en devenant un gigantesque complexe associant production d’électricité au gaz et data centers. Son principal atout ? Des infrastructures électriques et des raccordements au réseau déjà existants et opérationnels.
- La géographie des data centers pourrait être bouleversée. Jusqu’à présent, la logique consistait essentiellement à acheminer l’électricité vers les grands pôles numériques. Face à l’explosion des besoins, une autre approche s’impose : installer le compute (la puissance de calcul) là où l’énergie est déjà abondante et bon marché. En quelque sorte, déplacer le calcul vers l’électricité plutôt que l’électricité vers le calcul. C’est un véritable renversement de logique.
- Dernière conséquence, plus inattendue, l’essor de l’IA pourrait favoriser un véritable renouveau industriel. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour l’Europe qui, soyons francs, n’a bénéficié jusqu’à présent qu’à la marge de l’essor de l’IA. Plusieurs grands groupes européens sont particulièrement bien positionnés : Schneider Electric, qui fournit les équipements nécessaires à l’alimentation, au refroidissement et à la gestion énergétique des data centers ; le groupe suisse ABB, très présent dans l’électrification et l’automatisation ; ou encore les fabricants de câbles Prysmian et Nexans, dont l’expertise devient indispensable à mesure que le raccordement électrique s’impose comme l’un des principaux goulets d’étranglement de la révolution de l’IA.
En résumé, pas d’IA sans industrie forte.
À surveiller
Nvidia publiera ses résultats trimestriels mercredi après la clôture. Comme d’habitude, la barre est placée haut. Le consensus table sur un chiffre d’affaires compris entre 92 et 94 milliards de dollars, soit quasiment un doublement en un an. A priori, le groupe devrait être en mesure de répondre aux attentes. Il a récemment laissé entendre que son chiffre d’affaires pourrait atteindre environ 91 milliards de dollars, un montant qui ne prend pas en compte les revenus liés aux centres de données en Chine. Une bonne surprise est donc possible.
Mais le marché est devenu extrêmement exigeant. Il en faudra probablement davantage pour faire grimper le cours. Nvidia devra surtout apporter des éclaircissements sur trois points :
- La poursuite du déploiement de Blackwell.
C’est aujourd’hui le principal moteur de croissance de Nvidia. La demande est-elle toujours supérieure aux capacités de production ? Autre point essentiel, la marge brute ajustée, attendue autour de 75 %, est-elle tenable alors que la montée en puissance de Blackwell se poursuit ? - Le déploiement de Rubin, le successeur de Blackwell.
Son lancement est initialement prévu au second semestre de cette année. Quel est l’état du carnet de commandes ? Ce sera un bon baromètre pour juger de l’appétit des grands clients, notamment les fournisseurs de cloud, pour cette nouvelle génération de puces, mais aussi de leur capacité à continuer de financer des investissements aussi considérables. - Les dépenses des hyperscalers.
Nvidia constitue un excellent indicateur avancé des investissements dans l’IA. C’est un sujet qui crée régulièrement des tensions sur le marché. Personne ne doute de la poursuite de la croissance de la demande pour l’IA. En revanche, combien de temps les dépenses pourront-elles continuer à progresser à un rythme aussi exceptionnel sans peser fortement sur la trésorerie des entreprises concernées ?
C’est probablement sur ce dernier point que se jouera une bonne partie de la réaction du marché cette semaine.
L’avez-vous lu ?
L’Europe est en train de construire quelque chose dont la plupart des gens ont à peine entendu parler : un réseau de communications quantiques à l’échelle du continent.
Son nom : EuroQCI.
L’objectif est de sécuriser les communications des gouvernements, des centres de données, des hôpitaux, des réseaux énergétiques et, plus largement, des infrastructures critiques.
Au cœur du dispositif se trouve la distribution quantique de clés (QKD, Quantum Key Distribution). Pour faire simple, elle utilise les propriétés de la physique quantique pour permettre à deux parties de partager des clés de chiffrement tout en détectant si un tiers tente de les intercepter, c’est-à-dire de les lire ou de les capter pendant leur transmission.
Une partie du réseau reposera sur des infrastructures terrestres en fibre optique. Une autre passera par l’espace, grâce à des satellites, afin de permettre des communications sécurisées sur de longues distances. Ce n’est pas simplement un nouveau projet technologique. C’est l’Europe qui construit une nouvelle couche de sécurité souveraine pour l’ère numérique. Un peu d’europtimisme ne fait pas de mal, parfois.
La Chine copie les États-Unis pour devenir la première puissance mondiale - 17.08.2026
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis concentraient près des deux tiers des réserves officielles d’or de la planète et représentaient la moitié de la production manufacturière mondiale. Cette combinaison - puissance industrielle et accumulation massive d’or - a contribué à poser les fondations du nouvel ordre monétaire international dominé par Washington et le dollar.
Près de 80 ans plus tard, les lignes sont en train de bouger.
La Chine représente désormais 30 % de la production manufacturière mondiale, loin devant les États-Unis. Parallèlement, elle accumule de l’or et cherche progressivement à réduire sa dépendance aux infrastructures financières occidentales. D’où sa décision, début août, de transférer une partie de son or jusqu’ici conservé à Londres vers Hong Kong, qui occupe une place croissante sur le marché du métal précieux.
Cette stratégie s’inscrit dans une transformation financière plus large en Asie. Plusieurs pays développent des infrastructures permettant de régler directement certaines transactions internationales sans passer par les circuits traditionnels dominés par le dollar. C’est notamment le cas de mBridge, une plateforme de paiements transfrontaliers fondée sur les monnaies numériques de banque centrale, à laquelle participent notamment la Chine, Hong Kong, la Thaïlande, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. L’objectif est de permettre des règlements internationaux plus directs entre les pays participants.
Dans ce nouvel écosystème, l’or pourrait jouer un rôle croissant comme actif de réserve, permettant de recycler les excédents commerciaux sans nécessairement passer par le dollar et le système financier occidental.
Attention, cela ne signifie pas que le billet vert est sur le point de perdre son statut de première monnaie de réserve mondiale. Simplement, il pourrait devenir moins indispensable à l’avenir…
Géopolitique : le prochain point chaud à surveiller
Ces derniers mois, les incursions de drones se sont multipliées aux abords, voire à l’intérieur, de l’espace aérien de l’OTAN. Une inquiétude gagne désormais les services de renseignement occidentaux : la Russie pourrait être tentée de tester la cohésion de l’Alliance par une action limitée et suffisamment ambiguë pour compliquer toute réponse collective.
Quel objectif ? Certains évoquent la Pologne, d’autres les pays baltes. Daugavpils, en Lettonie, pourrait être la cible idéale selon nous. Proche des frontières russe et biélorusse, la ville est très majoritairement russophone, offrant à Moscou un terrain propice aux provocations et aux opérations hybrides.
L’avez-vous lu ?
L’Inde vient de mettre un sérieux coup de frein au projet de « monnaie des BRICS ». Alors que New Delhi préside les BRICS en 2026, le gouvernement indien a déclaré vendredi 7 août qu’il ne soutenait pas la création d’une monnaie commune destinée à concurrencer le dollar.
C’est intéressant car cela montre les limites politiques de la dédollarisation : commercer davantage en monnaies nationales, oui ; créer un véritable rival au dollar, beaucoup moins.
Le momentum fait une pause - 27.07.2026
Pour gagner en bourse au cours de ce premier semestre, il suffisait de suivre les flux de capitaux. Ceux-ci se sont dirigés vers les États-Unis, à la fois vers les grandes capitalisations technologiques ainsi que les small et mid caps, mais aussi vers l’Asie émergente (Corée du Sud et Taïwan), le Japon, l’Amérique latine et, dans une moindre mesure, l’Europe. À l’inverse, les sorties massives de capitaux se sont poursuivies en Inde, tandis que l’Afrique demeurait le terrain de prédilection d’une poignée d’investisseurs spécialisés.
Mais le paysage est en train d’évoluer. Les difficultés de la Bourse sud-coréenne, amplifiées par un recours excessif à l’effet de levier, incitent désormais les investisseurs à revenir aux fondamentaux. La qualité des entreprises, les perspectives de croissance des bénéfices et les niveaux de valorisation priment de nouveau. Au fond, cette évolution est plutôt saine. Elle ne remet nullement en cause les tendances structurelles, comme la forte demande en semi-conducteurs, l’essor de l’intelligence artificielle ou encore le développement des énergies renouvelables. En revanche, elle impose une plus grande sélectivité et plaide sans doute pour attendre la fin de l’été avant de prendre de nouvelles décisions d’investissement.
Une chose est certaine : certains paris risquent encore de se révéler perdants. L’Inde en fait partie, tout comme l’Indonésie. Le marché boursier indonésien, qui avait attiré l’attention des investisseurs européens en quête de nouvelles opportunités, a reculé de 35% depuis le début de l’année, soit l’une des plus mauvaises performances parmi les grandes places boursières mondiales. Comme en Inde, cette baisse s’est accompagnée d’un fort recul de la monnaie locale. La roupie indonésienne a perdu 9% face au dollar et 4% face à l’euro. Pour un investisseur européen, cela représente une perte d’environ 39% exprimée en euros, avant prise en compte des éventuelles commissions et des dividendes. C’est considérable.
Comment expliquer une telle contre-performance ? Les raisons sont désormais bien connues : interventionnisme accru de l’État, incertitude sur les politiques économiques, interrogations sur la transparence du marché et la gouvernance de certaines entreprises, sorties de capitaux étrangers, etc.
Autre élément à garder en tête avant la rentrée : la concentration des marchés, un thème récurrent depuis plusieurs années, devrait rester d’actualité. Ce phénomène est désormais généralisé. Prenons l’exemple du Topix 500, qui regroupe les 500 plus grandes et les plus liquides sociétés cotées à la Bourse de Tokyo. Les valeurs les plus échangées représentent désormais plus de 70% de l’ensemble des volumes de transactions, un niveau inédit depuis l’an 2000. À ce stade, nous ne voyons pas ce qui pourrait inverser cette tendance. On peut s’en inquiéter, mais il faudra composer avec cette nouvelle réalité*.
*Données : Boursorama, Bloomberg en date du 21 juillet.
À surveiller
La Fed est en ligne de mire cette semaine. L’indice des prix à la consommation (IPC) pour juin a marqué un recul encourageant. À première vue, cela conforte l’hypothèse d’un maintien des taux inchangés. Attention toutefois, sous la surface, les pressions inflationnistes sont loin d’être maîtrisées. La part des composants de l’IPC qui connaît une inflation supérieure à 5% est encore élevée. Autrement dit, la bataille contre l’inflation est loin d’être terminée.
C'est précisément le message qu'a délivré Kevin Warsh lors de son audition devant le Congrès. Il a mis en garde contre toute déclaration de victoire prématurée : « Certains pourraient regarder les chiffres de l’inflation et conclure que la mission est accomplie. Ce n'est pas mon point de vue. »
Cela ne signifie pas pour autant qu'une nouvelle hausse des taux de la Fed soit imminente. À la suite du dernier rapport sur l’inflation, le marché monétaire estime la probabilité d’une hausse des taux à 4% cette semaine. Néanmoins, après une pause qui devrait se prolonger, une nouvelle hausse pourrait redevenir d'actualité si l'inflation ne montrait pas, après l'été, de signes suffisamment convaincants d'un ralentissement durable.
L’Espagne, vainqueur aussi sur le plan économique ?
Le 19 juillet, en battant l’Argentine, l’équipe d’Espagne a offert au pays son deuxième titre de champion du monde de football masculin. Au-delà de l’exploit sportif, cette victoire pourrait aussi générer des retombées économiques, même sans avoir organisé la compétition.
Selon l’étude de Marco Mello, A Kick for the GDP : The Effect of Winning the FIFA World Cup, publiée dans l’Oxford Bulletin of Economics and Statistics en 2024, remporter la Coupe du monde augmente la croissance annuelle du PIB réel d’au moins 0,48 point de pourcentage au cours de chacun des deux trimestres suivants. L’étude conclut également que la victoire a un effet plus marqué que l’organisation de la compétition, principalement grâce à la hausse des exportations et à l’essor du tourisme.
Pour l’Espagne, cela pourrait théoriquement se traduire par un surcroît d’activité d’environ 4 milliards d’euros sur deux trimestres.
Le match de l’IA - 20.07.2026
Selon le fonds spéculatif américain Citadel, l'un des géants du secteur, la Chine dominerait 67 des 74 technologies critiques.
Comment expliquer cette avance ?
Le gouvernement chinois a commencé à investir massivement dans l'enseignement scientifique dès les années 1990. La génération formée à cette époque dirige aujourd'hui les laboratoires, les usines et les start-ups qui dominent ces 67 technologies. C'est le résultat de trente ans de politique éducative.
Le match est-il pour autant perdu pour l'Europe ? Pas nécessairement. Il est toujours possible de former davantage d'ingénieurs et de les inciter à rester plutôt qu'à partir aux États-Unis. En revanche, les bénéfices économiques de cette stratégie ne seront perceptibles que dans 15 à 20 ans.
Il ne faut pas non plus négliger l'effet de l'IA, qui pourrait rebattre progressivement les cartes. Si elle permet d'accomplir en quelques minutes ce qu'un ingénieur réalise en plusieurs semaines, l'avantage lié à la formation de centaines de milliers, voire de millions d'ingénieurs chaque année s'atténue. Dans ce scénario, ce n'est plus le nombre de cerveaux qui compte, mais la qualité des modèles. Sur ce terrain, les États-Unis ont de l’avance.
L'Europe n'est toutefois pas absente. Elle peut s'appuyer sur Mistral, mais gagnerait à développer un écosystème plus large d'acteurs européens. D'autant que de nombreuses entreprises européennes souhaitent ne pas dépendre exclusivement des modèles américains, à la fois pour des raisons de souveraineté et parce que leur coût pourrait fortement augmenter si les États-Unis consolidaient leur position hégémonique.
À surveiller
C’est le mois de juillet. Les dernières réunions de banque centrale ont lieu avant la pause estivale. Rien à attendre de la BCE cette semaine, qui devrait attendre la rentrée pour augmenter de nouveau son taux directeur, probablement de 25 points de base.
Savez-vous quelles matières premières cotées entrent dans la composition d'une crème solaire ?
En France, 13,9 millions de produits solaires sont vendus chaque année en pharmacie. Près de 70% des ventes sont réalisées entre avril et septembre, et 2026 pourrait bien battre un nouveau record avec les épisodes de canicule qui se multiplient.
Les tokenomics, kesako ? - 13.07.2026
Depuis l'invention de l'électricité par Thomas Edison à la fin du XIXᵉ siècle, chaque grande révolution industrielle s'est accompagnée d'une hausse de la consommation électrique. Aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle qui en est le principal moteur. Chaque nouvelle génération de modèles nécessite davantage de puissance de calcul, davantage de centres de données, davantage de serveurs, mais aussi davantage de mémoire, de systèmes de refroidissement et de réseaux électriques. Contrairement aux précédentes vagues de numérisation, l'IA est très énergivore. Un centre de données de dernière génération peut ainsi consommer autant d'électricité qu'une ville moyenne. Selon le rapport Energy and AI de l'Agence internationale de l'énergie, la consommation électrique des centres de données pourrait presque doubler d'ici 2030 pour atteindre près de 950 TWh - soit environ 3% de la demande mondiale d'électricité.
Cette explosion des besoins énergétiques modifie profondément les règles du jeu. Pendant longtemps, la compétition s'est jouée sur la puissance des modèles et leurs capacités. Désormais, le coût du token est un sujet central. Un token est l'unité élémentaire traitée par un modèle d'intelligence artificielle, qu'il s'agisse d'un mot, d'une partie de mot ou d'un caractère. Derrière chaque token se cachent des coûts de calcul, de mémoire, de bande passante et, surtout, d'électricité. C'est ce que l'on appelle désormais l'économie des tokens (tokenomics).
Cette évolution favorise l'émergence d'un marché à deux vitesses. D'un côté, quelques géants technologiques disposent des moyens financiers nécessaires pour développer les modèles les plus avancés. De l'autre se développent des modèles plus spécialisés, moins coûteux et plus facilement déployables dans les entreprises, à l’image des modèles développés par la Chine. L'enjeu n'est plus uniquement de concevoir le modèle le plus performant, mais aussi celui qui offre le meilleur rapport coût-efficacité.
Dans cette logique, les copilotes apparaissent aujourd'hui comme les applications les plus prometteuses. Plutôt que de remplacer totalement l'humain, ils augmentent sa productivité face à des tâches ciblées. Leur coût énergétique reste relativement maîtrisé, tandis que les gains de productivité qu'ils génèrent sont rapidement mesurables, ce qui facilite leur adoption par les entreprises.
Cette dynamique ne fait probablement que commencer. Les grands modèles de langage (LLM) ne constituent qu'une première étape. La prochaine étape de l’IA sera celle des world models, capables non seulement de comprendre le langage, mais aussi de modéliser et de simuler le monde physique. À terme, cette évolution ouvrira la voie à l'IA physique, dont les besoins en puissance de calcul et en électricité seront encore bien supérieurs à ceux des applications actuelles. D’où des investissements massifs dans les années à venir dans les réseaux électriques.
À surveiller
Le Slip Français, marque iconique du Made in France, fait son entrée sur Euronext Growth Paris le 14 juillet. Le prix est fixé à 14,80 euros par action. Comme c’est toujours le cas, l’opération est ouverte aux particuliers (10% du total des actions mises sur le marché). L’introduction vise à permettre aux actionnaires historiques, qui ont connu les années de vache maigre, de sortir. Une clause de lock-up prévoit que les deux fondateurs conservent leurs actions pendant une période de 365 jours. Après s’être positionnée initialement sur le haut de gamme, l’entreprise a opéré un virage stratégique radical en réduisant ses prix pour augmenter les volumes vendus, ce qui lui a permis de renouer avec la rentabilité. En revanche, le secteur du prêt-à-porter n’est certainement pas le plus porteur actuellement. Les rares précédentes introductions en bourse d’acteurs du secteur n’ont pas été un franc succès. Barbara Bui, introduite en 1998, est devenue une micro-cap quasiment sans activité, avec moins de 10 titres échangés par jour. De son côté, SMCP, qui détient notamment les marques Sandro et Fursac, a connu un parcours boursier très décevant. Le cours de son action a chuté de près de 80% par rapport à son prix d’introduction en 2018. En cause, comme souvent sur Euronext Growth, une valorisation initiale trop élevée, mais aussi les difficultés propres au retail, qui ne cessent de s’accentuer, comme en témoigne la mise en liquidation judiciaire de nombreuses marques ces dernières années.
L’avez-vous lu ?
Mauvaise nouvelle, les dernières prévisions renforcent encore le scénario d'un El Niño exceptionnel, qui pourrait devenir le plus intense jamais observé, avec des températures de l'océan Pacifique équatorial de 3,3 à 4,4 °C au-dessus de la normale en décembre.
Un tel épisode entraîne généralement des sécheresses en Australie, en Asie du Sud-Est et dans certaines régions d'Afrique, ainsi que des pluies excessives en Amérique du Sud. Conséquence : un risque accru de mauvaises récoltes (riz, blé, maïs, soja, huile de palme, cacao...), et donc de tensions sur les prix mondiaux des matières premières agricoles.
Éclaircie - 06.07.2026
Le paysage économique s'est éclairci aux États-Unis avec la publication des données sur le PCE, le PIB et les dépenses de consommation. On n'obtient pas une croissance du PIB de +2,1 % et une hausse des revenus de +0,7 % dans un environnement stagflationniste.
Le scénario de stagflation - celui qui poussait les marchés à anticiper un ralentissement de la croissance accompagné d'une inflation persistante - vient de subir un sérieux revers.
Le PCE global ressort à +4,1 % sur un an, soit exactement conforme aux attentes.
Le PCE sous-jacent, l'indicateur d'inflation privilégié par la Fed, s'établit à +3,4 %, lui aussi parfaitement conforme aux prévisions. Aucune mauvaise surprise, aucune révision à la hausse.
L'inflation reste certes au-dessus de l'objectif, mais elle évolue de manière rassurante.
Du côté de la croissance, les chiffres sont encore meilleurs.
Le PIB final du premier trimestre 2026 a été révisé à la hausse à +2,1 % en rythme annualisé, contre +1,6 % attendu et lors de l'estimation précédente. Il ne s'agit pas d'un simple ajustement marginal : cela signifie que l'économie a été sensiblement plus solide qu'on ne le pensait au premier trimestre.
Les revenus personnels progressent de +0,7 % sur un mois, contre +0,4 % attendu, tandis que les dépenses personnelles augmentent également de +0,7 %, contre +0,6 % attendu.
Le consommateur américain n'est donc pas en train de flancher. Les revenus progressent plus rapidement qu'anticipé et les ménages dépensent cet argent.
La combinaison d'une inflation conforme aux attentes, d'une croissance supérieure à la tendance et d'une consommation toujours dynamique devrait permettre à la Fed de rester patiente au cours des prochains mois et de maintenir ses taux inchangés.
Bonne nouvelle pour les investisseurs : le scénario « Goldilocks » n'est pas mort.
À surveiller
Ce vendredi, le Sud-Coréen SK Hynix fait son entrée au Nasdaq et devrait lever au passage 29,4 milliards de dollars. Le montant évoqué est comparable à celui de l'introduction record de Saudi Aramco en 2019.
SK Hynix détient 57 % du marché mondial de la mémoire à haute bande passante (HBM). Cette technologie équipe chaque GPU de NVIDIA utilisé pour alimenter l'essor de l'intelligence artificielle. Sans elle, les centres de données ne pourraient tout simplement pas fonctionner.
Sans surprise, l'entreprise bénéficie pleinement de l'engouement pour l'IA. Au premier trimestre, son bénéfice opérationnel a atteint un niveau record de 24,3 milliards de dollars, tandis que son chiffre d'affaires triplait sur un an. À Séoul, son action affiche une hausse de près de 300 % depuis le début de l'année.
Son arrivée sur la place boursière américaine apparaît comme une suite logique : elle lui permettra d'attirer davantage d'investisseurs occidentaux - la Bourse de Séoul restant relativement peu accessible pour nombre d'entre eux - et de bénéficier d'un marché plus profond, ce qui pourrait, à terme, soutenir davantage le titre.
L’avez-vous lu ?
Depuis son point haut de janvier, l’argent métal a perdu 52 % de sa valeur. Pourquoi ?
Le marché était devenu très spéculatif. Tôt ou tard, une bulle finit toujours par se dégonfler. Entre 2025 et janvier 2026, le prix de l’argent avait explosé, porté par un mélange de demande d’actifs refuges, d’enthousiasme des particuliers sur les réseaux sociaux et de craintes concernant l’offre mondiale. Tout cela s’est avéré exagéré. D’où la baisse.
Cette dernière a été amplifiée par les ventes automatiques via des algorithmes et par l’effet de levier. Après la cassure de certains seuils techniques, de nombreux ordres stop-loss et appels de marge ont déclenché des ventes forcées, accélérant le mouvement baissier. Ce mécanisme avait déjà provoqué une chute de plus de 25 % en une seule séance, juste après le pic de janvier.
Qu’est-ce qui a mal tourné ? - 29.06.2026
Lorsque tout le monde partage la même conviction, ce n’est pas nécessairement le signe qu’il s’agit d’une bonne idée. L’Inde en est une parfaite illustration. Dès 2024 - et cette tendance s’est ensuite renforcée - presque tout le monde ne jurait plus que par le pays, souvent perçu comme une alternative aux actions chinoises, qui demeurent volatiles et dont les performances sont souvent décevantes. Les raisons de l’attrait pour l’Inde sont bien connues : démographie favorable, digitalisation rapide, secteur manufacturier dynamique, régime démocratique, etc.
Pourtant, la survalorisation des actions indiennes aurait dû constituer un signal d’alerte. En 2024, l’indice MSCI India se négociait avec une prime supérieure à 100% par rapport à l’indice plus large des marchés émergents, soit l’écart de valorisation le plus élevé vis-à-vis des autres marchés d’Asie-Pacifique depuis vingt ans.
Malheureusement, rien ne s’est passé comme prévu. Depuis le début de l’année, le MSCI India recule de plus de 5%. Sur l’ensemble de la période 2025-2026, sa performance cumulée n’est que de 2,5%. L’indice occupe désormais la dernière place de l’univers MSCI : tous ses pairs ont fait mieux, certains de plus de 10 points, d’autres de près de 70 points.
Pire encore, cette faible performance sur 2025-2026 est mesurée en devise locale. Sur les douze derniers mois, la roupie indienne a perdu plus de 9% face au dollar américain et 7,9% face à l’euro*. Il s’agit de sa dépréciation la plus marquée depuis 2013.
Pour un investisseur étranger, parier sur les actions indiennes s’est donc révélé être un mauvais choix.
Qu’est-ce qui a mal tourné ?
En réalité, peu de choses ont changé. Le pays et son système politique restent largement les mêmes : la bureaucratie s’est allégée mais demeure pesante, de nombreuses réformes promises n’ont toujours pas vu le jour et plusieurs engagements visant à améliorer le climat des affaires restent inaboutis. Les entreprises continuent de composer avec une forte incertitude réglementaire, alimentée par des décisions parfois incohérentes qui ne prennent pas toujours en compte les impératifs de croissance.
Parallèlement, sous l’effet d’un optimisme excessif des investisseurs, les valorisations ont fortement progressé. Le PER prévisionnel de la bourse indienne atteignait 24 fois les bénéfices, soit un niveau supérieur de 27% à sa moyenne des dix dernières années. Pour justifier de telles valorisations, il fallait que tout se déroule parfaitement. Évidemment, cela n’a pas été le cas.
À mesure que les capitaux internationaux se sont redirigés vers la reprise chinoise, les infrastructures liées à l’intelligence artificielle et, plus généralement, le rebond des marchés émergents, la prime de valorisation de l’Inde n’apparaissait plus justifiée. De nombreux investisseurs étrangers ont également été échaudés par l’incapacité de la banque centrale indienne à enrayer la dépréciation de la roupie. Résultat : les milliards de dollars de flux passifs, qui avaient souvent investi au plus haut, ont quitté le pays, exerçant une forte pression vendeuse sur les actions indiennes.
Morale de l’histoire : investir sur la seule base des fondamentaux, surtout lorsqu’ils reposent sur des dynamiques de très long terme, ne suffit pas à garantir un retour sur investissement. Ce qui compte avant tout, c’est la capacité d’exécution.
À surveiller
Les chiffres du chômage américain seront publiés ce jeudi, et non vendredi, en raison de la fête nationale américaine. La dynamique de l’emploi reste positive, avec 172 000 créations de postes en mai et un taux de chômage inférieur à 5%. Le débat reste toutefois ouvert quant à la trajectoire future de la Réserve fédérale. De plus en plus d’économistes craignent que la création monétaire en cours soit trop importante pour permettre un retour rapide de l’inflation vers sa cible, ce qui pourrait conduire la banque centrale à relever ses taux cette année. Certains vont même jusqu’à estimer qu’elle pourrait être contrainte de revenir sur les trois baisses de taux décidées en 2025. À ce stade, rien n’est certain. Cela souligne néanmoins l’ampleur de l’incertitude entourant l’évolution de la politique monétaire américaine dans les mois à venir.
L’avez-vous lu ?
Ce n'est pas anodin pour comprendre la position américaine dans les négociations avec l'Iran : les réserves pétrolières américaines sont actuellement à leur plus bas niveau depuis 22 ans, juste avant la saison des vacances, lorsque la consommation de carburants augmente traditionnellement.
*Données Bloomberg et Boursorama en date du 23 juin 2026