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Modèle de résilience climatique: l’adaptation de la ville de Madrid

Gestion active d’actions 9 min de lecture
Pour faire face aux chaleurs extrêmes, Madrid développe des espaces verts, des trottoirs ombragés et des solutions inspirées de la nature. Présentées lors du Klosters Forum 2025, ces mesures renforcent la résilience urbaine et servent de modèle pour d’autres villes.
Juan Azcárate Luxán au Klosters Forum 2025

Photographie © 2025 Magnus Arrevad

Les touristes se pressent sur l'emblématique Plaza Mayor de Madrid. Construite au XVIe siècle, cette place animée située au cœur de la capitale espagnole est entourée de bâtiments baroques dont les balcons sont soutenus par des voûtes au rez-de-chaussée. Ses terrasses ensoleillées, ses boutiques animées ainsi ses musiciens et artistes de rue participent à son atmosphère dynamique.

Pourtant, entre mai et août, les visiteurs pourraient hésiter à s’aventurer vers cette destination populaire.

En été, l’espace ouvert et pavé de pierres, qui ne comporte pratiquement aucune végétation ni aucun arbre, peut devenir une vraie fournaise. Lors des sévères vagues de chaleur de ces dernières années, les températures au sol ont atteint pas moins de 63,5 °Chttps://es.greenpeace.org/es/sala-de-prensa/comunicados/greenpeace-uses-thermal-imaging-cameras-to-expose-the-extreme-heat-in-the-city-of-madrid-and-calls-for-urgent-measures-to-adapt-to-extreme-temperatures/.

«Selon un vieux proverbe, Madrid, c'est neuf mois d’hiver et trois mois d’enfer. Maintenant, cet enfer commence en mai, alors que les universités sont en pleine période d'examens et que les enfants sont à l’école», déplore Juan Azcárate Luxán, directeur général adjoint de l’énergie et du changement climatique au conseil municipal de Madrid.

Cet effet d’îlot de chaleur urbain n’est toutefois pas réservé qu'à Madrid. Aujourd’hui, des villes du monde entier subissent des températures extrêmes, qui tuent près d’un demi-million de personnes chaque année, mettant à rude épreuve les services de santé, perturbant les systèmes d’approvisionnement en eau, d’électricité et de transport et provoquant des incendies de forêt dévastateurshttps://www.who.int/health-topics/heatwaves#tab=tab_1.

  • x3 augmentation prévue du nombre de villes exposées à une chaleur supérieure à 35 °C d’ici à 2050

    Source: Arup Urban Heat Snapshot, mai 2024

Toutes les retombées de l’effet îlot de chaleur ne sont pas égales. La politique climatique peut parfois creuser certaines inégalités climatiques, mais nous ne devrions pas provoquer davantage d’inégalités. Les efforts graduels doivent laisser place à des politiques plus transformatrices.

M. Azcárate Luxán est intervenu lors du Klosters Forum de cette année, qui s’est tenu fin juin, alors qu’une grande partie du sud de l’Europe subissait des vagues de chaleur.

Les dommages économiques sont difficiles à surestimer: selon une analyse de l’assureur allemand Allianz, une journée de chaleur extrême (définie par une température supérieure à 32 °C) équivaut à une demi-journée de grève. Ces phénomènes entraîneront la perte de plus d’un demi-point de pourcentage de PIB d’ici à 2030https://www.allianz.com/content/dam/onemarketing/azcom/Allianz_com/economic-research/publications/specials/en/2025/juillet/20250701_Heatwaves_EconImplications.pdf.

Les enjeux sont élevés. Fort heureusement, les autorités municipales commencent à prendre des mesures. Elles investissent davantage dans les infrastructures et des technologies susceptibles d'aider les centres urbains à s’adapter aux conditions météorologiques extrêmes.

Les représentants présents aux Klosters Forum ont ainsi pu découvrir plusieurs exemples concrets d’initiatives réussies d’adaptation climatique. 

Par exemple, la capitale espagnole a investi dans plusieurs projets visant à atténuer les effets de la chaleur extrême, notamment avec le remplacement des surfaces dures par des espaces verts et l’introduction de zones perméables à l’eau destinées à lutter contre la chaleur excessive et à renforcer la résilience aux inondationshttps://www.madrid.es/UnidadesDescentralizadas/Sostenibilidad/EspeInf/EnergiayCC/06Divulgaci%C3 %B3n/6cDocumentacion/6cNHRNeutral/Ficheros/RoadmapENG2022.pdf. Elle prévoit également de planter plus d’arbres, de construire des trottoirs ombragés et d'utiliser davantage de matériaux de construction réfléchissants la lumière.

Pourtant, élaborer un plan d’adaptation n’est pas une tâche facile. Un large éventail de parties prenantes sont présentes en ville, notamment les résidents, les quartiers, les entreprises et les agences gouvernementales. Chacune d'entre elles a des priorités et des perceptions différentes des risques. Qu'il s'agisse de transports, d’approvisionnement en énergie et en eau, de gestion des déchets, ou encore de réseaux de communication et de services publics, les infrastructures urbaines fonctionnent comme plusieurs chaînes de valeur imbriquées pour n'en former qu'une seule. Toute défaillance d’un système peut entraîner des effets en cascade sur d’autres.

C’est tout particulièrement le cas pour Madrid, deuxième plus grande ville d’Europe, avec agglomération peuplée par environ 7 millions d’habitants. Cette année, ce qui n'était au départ qu'un pic de tension a provoqué une panne complète du réseau électrique et a déclenché une réaction en chaîne dans l’ensemble du système, perturbant les feux de circulation, les ascenseurs et les trains, ainsi que les connexion mobile et Internet.

«Cartographier la chaîne de valeur d’un entreprise est relativement simple. Pour une ville, c’est plus compliqué, car chaque secteur a une définition différente du risque», explique Amar Rahman, Global Head of Climate and Sustainability Solutions chez Zurich Resilient Solutions. Zurich Resilient Solutions, l’unité de conseil en risques de Zurich Insurance, a travaillé avec la ville de Madrid sur l’évaluation des risques climatiques.

Amar Rahman au Klosters Forum 2025

Photographie © 2025 Magnus Arrevad

Illustration © 2025 Menah Wellen

Rafraîchir les écoles

Madrid a commencé par cartographier, répertorier et mesurer son exposition aux chaleurs extrêmes. 

Les écoles constituent l’un des points sensibles identifiés lors de cet exercice. Les enfants subissent de manière disproportionnée les effets des vagues de chaleur, car ils transpirent moins et passent plus de temps à l’extérieur que les adultes; les salles de classe se transforment en sauna en cas de mauvaise ventilation, tandis que les cours de récréation en asphalte non ombragées emmagasinent la chaleur et brûlent la peau.

Madrid s’est tournée vers les solutions inspirées de la nature, une méthode qui fait moins appel à la technologie et vise à profiter des écosystèmes, pour aider les écoles et les enfants à s’adapter. Plus précisément, la ville a planté des arbres, créé des jardins et installé des pergolas et des auvents, qui assurent le refroidissement, retiennent l’eau et préviennent les inondations.

Les solutions inspirées de la nature sont généralement plus rentables que les méthodes industrielles traditionnelles. Elles offrent en outre des avantages supplémentaires, tels que la réduction des émissions et de la pollution, l’amélioration du bien-être social et le renforcement de la résilience urbaine.

«Toutes les retombées de l’effet îlot de chaleur ne sont pas égales. La politique climatique peut parfois creuser certaines inégalités climatiques, mais nous ne devrions pas provoquer davantage d’inégalités. Les efforts graduels doivent laisser place à des politiques plus transformatrices», affirme M. Azcárate Luxán.

«Le fonctionnement de certaines de nos écoles est neutre en carbone. Si vous accordez à la nature un certain degré de liberté, les résultats sont incroyables et transformateurs.»

Gains rapides

Les avantages de l’adaptation peuvent survenir relativement rapidement. C'est très différent des efforts d’atténuation, qui visent à réduire les émissions et à passer aux énergies renouvelables. Plusieurs décennies peuvent s'écouler avant qu'ils portent leurs fruits.

Prenons par exemple les solutions inspirées de la nature appliquées à Madrid. Les premiers effets positifs de mesures comme les murs ou les toits végétalisés, telles que la régulation de la température et une meilleure qualité de l’air, peuvent commencer à se matérialiser seulement quelques semaines ou quelques mois après l’installationhttps://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2772411525000096.

Selon une étude sur la chaleur urbaine menée par le promoteur britannique Arup, la couverture végétale des zones les plus chaudes des villes était de moins de 6%. En revanche, elle était de 70% dans les secteurs les plus frais. 

C'est une donnée pertinente pour la capitale espagnole. Cette étude a également révélé que, dans le centre-ville de Madrid, la température est supérieure de 8 °C à celle des zones rurales environnantes. Il s'agit de la différence de température la plus importante parmi six grandes villes du mondeLe Caire, Londres, Los Angeles, Madrid, Mumbai et New York. https://www.arup.com/news/madrid-suffers-most-extreme-urban-heat-island-hot-spot--new-international-survey-shows/.

  • 30% d'augmentation de la couverture arborée dans les villes européennes aurait pu éviter plus de 2 500 décès excédentaires.

    Source: Arup Urban Heat Snapshot, mai 2024

De l'eau en trop petite ou trop grande quantité

D’autres initiatives ont mis l'accent sur l’eau, une difficulté majeure dans une ville qui souffre à la fois de la sécheresse et des inondations.

Dans le cadre de sa feuille de route 2050, Madrid prévoit de s’attaquer aux problèmes chroniques de gestion de l’eau en investissant dans des mesures visant à réduire les pertes d’approvisionnement en eau, à augmenter la rétention et l’infiltration des eaux pluviales et à entretenir les réseaux d’approvisionnement et d’assainissement, tout en prévoyant également de recycler les eaux usées.

Les initiatives madrilènes offrent un modèle à d’autres grandes villes du monde, qui, aux côtés des entreprises, sont susceptibles d’investir davantage dans les technologies et solutions d’adaptation et de résilience. 

D’autres villes, telles que New York, Londres ou encore Tokyo, investissent également dans la résilience de leurs zones riveraines et la gestion des inondations. Elles se tournent pour cela vers des technologies innovantes, notamment les stations de pompage des eaux pluviales et les efforts de lutte contre les inondations, les alertes en cas d'inondation et la surveillance des eaux pluviales, ainsi que la gestion des eaux usées et le contrôle de la pollution.

Les solutions inspirées de la nature sont aussi largement plébiscitées, à l'image du programme Sponge City à Wuhan, qui utilise des parcs, de la végétation et des chaussées perméables pour réduire les risques d’inondation et améliorer la qualité de l’eau.

Jillian Regnier au Klosters Forum 2025

Photographie © 2025 Magnus Arrevad

Opportunité à long terme en matière d’adaptation climatique et de résilience

Par Jillian Regnier, responsable de la durabilité chez Pictet Wealth Management

L’investissement durable vit un moment critique et potentiellement décisif. Le retournement politique à l'encontre des facteurs ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) a poussé de nombreux grands gestionnaires d’actifs américains à retirer leurs engagements en matière de développement durable, tandis que les investisseurs pour qui ils travaillent, fonds de pension, family offices, fondations, etc., restent déterminés à préparer leurs investissements à long terme pour l'avenir. Pour cela, ils comptent non seulement sur la gestion des risques liés au climat et à la nature, mais aussi sur le financement de la transition durable qui est déjà en cours, ce qui contribue à la résilience de leurs portefeuilles. Même si, à première vue, on a pu enregistrer de récentes sorties de capitaux, les indices mondiaux de l’investissement responsable ont en fait surperformé non seulement sur les quatre premiers mois de 2025, mais aussi, à long terme, sur la période allant de 2019 à 2024*. Les investisseurs à long terme en quête de diversification face à un contexte macroéconomique incertain peuvent se tourner vers différentes opportunités d’investissement durables affichant des historiques clairs pour tous les profils risque-performance, de la microfinance aux financements mixtes, dans les marchés émergents comme les marchés développés. Ils pourront y trouver des investissements à impact, qui permettent à nos clients de préserver et de développer leur patrimoine pour les générations futures, garantissant ainsi un avenir de sécurité financière et de gestion environnementale.

*Source: Morningstar: Global Sustainable Funds Outperform Year to Date, avril 2025 et Bloomberg: ESG Funds Beat S&P 500 for Longest Stretch Since Late 2022, juin 2025