Le début d’année a été volatil pour les marchés financiers mondiaux. Ce type d'environnement illustre, dans une large mesure, tout l'intérêt d’un portefeuille bien diversifié.
À première vue, l’indice MSCI All Countries World (ACWI) semble répondre à ce critère. Il regroupe plus de 2 600 sociétés de grandes et moyennes capitalisations implantées dans 50 économies avancées et émergentes de la planète.
Pourtant, notre analyse montre que, tout comme les indices boursiers américains, l’indice ACWI dépend de plus en plus des performances générées par une petite poignée d’actions, principalement dans le secteur technologique. Les performances de l’indice ACWI reflètent son biais. L’année dernière, les actions technologiques qu'on appelle les «Sept magnifiques», Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, NVIDIA et Tesla, étaient à l'origine de 45% de la performance de l’indice. Cette part est même supérieure à ce que l’on pourrait attendre, compte tenu de leur pondération moyenne cumulée dans l’indice, 19%.
Cette concentration devient problématique. Selon nous, les turbulences affichées par ces actions ces dernières semaines (comme une baisse de 17% des actions NVIDIA sur une journée en janvier) et leur sous-performance collective depuis le début de l’année, plus de 10% par rapport aux marchés d'actions mondiales à la mi-mars, rappellent que leur domination ne durera probablement pas éternellement. Le marché des actions va probablement se rééquilibrer et mieux refléter les fondamentaux économiques, les tendances séculaires, les perspectives de bénéfices et la dynamique des entreprises.
Lorsque cela arrivera, les investisseurs en solutions indicielles pourraient constater que leurs portefeuilles ne sont pas aussi diversifiés qu’ils le pensaient, et que les portefeuilles gérés de manière active pourraient être mieux positionnés pour performer.
Pour connaître le niveau de diversification réelle (ou non) de l'indice ACWI, nous l’avons comparé à notre stratégie Global Megatrends Selection (GMS), qui offre une large exposition aux actions thématiques. D'après une première approximation, l'ACWI, avec 2 645 composantes, pourrait paraître plus diversifié que la stratégie GMS, qui compte seulement 418 positionsAu 31.01.2025. Cela dit, ces chiffres ne tiennent pas compte d'un élément clé de la diversification: la répartition des pondérations des actions entre les composantes. De ce point de vue, la stratégie GMS présente en fait une distribution des pondérations beaucoup plus homogène que l’ACWI, dans lequel les méga-capitalisations occupent une place prépondérante (voir Figure 1).
Capitalisation boursière - Pourcentage des 10 premières sociétés
Source: Pictet Asset Management, MSCI. Données couvrant la période allant du 01.01.2011 au 31.12.2024.
Une autre façon de mesurer la diversification d’un portefeuille ou d’un indice consiste à utiliser une méthodologie connue sous le nom de nombre effectif de composantes («effective number of constituents», ENC). Cette mesure donne une indication de la concentration d'un indice entre un (lorsqu'une seule action domine) et le nombre total de composantes (qui suggère un portefeuille pondéré à parts égales). Cette méthode montre essentiellement, pour un portefeuille donné, le nombre de composantes d’un portefeuille hypothétique équipondéré qui offrirait le même degré de diversification que celui d’origine. Il est calculé à partir de l’inverse de l’indice de Herfindahl, qui est lui-même la somme des actions du portefeuille au carré. Le nombre effectif de composantes est inférieur au nombre réel de composantes, sauf pour un portefeuille equipondéré.
Notre analyse montre que le nombre effectif de composantes de l’ACWI a baissé de manière constante ces quinze dernières années, et s’élève désormais à seulement 125. Malgré un nombre d’actions nettement plus faible, la stratégie GMS affiche en fait un nombre effectif de composantes plus élevé que l’ACWI, ce qui laisse entendre que le portefeuille plus petit est plus diversifié que l’indice.
Nombre effectif de composantes, GMS et ACWI
Source: Pictet Asset Management, MSCI. Données couvrant la période allant du 30.09.2007 au 31.01.2025.
Aujourd’hui, certains investisseurs pourraient considérer que la seule prise en compte des pondérations en portefeuille est une donnée trop superficielle. La diversification, selon eux, repose principalement sur le comportement des actions d’un portefeuille, qu'il s'agisse de leurs corrélations avec l’indice ou les unes avec les autres, ou de leur sensibilité à des facteurs communs (comme le marché, le secteur ou les taux d’intérêt).
C’est une observation valable. Une façon d’évaluer la diversité des positions d’un portefeuille consiste à réaliser une analyse en composantes principales (ACP). Cette technique statistique est destinée à recenser les principaux facteurs (appelés «composantes principales») qui expliquent la variation des performances des actions.
Dans le cadre d'une autre analyse, nous avons appliqué l'analyse des composantes principales à l’indice ACWI et à la stratégie GMS en nous appuyant sur les performances quotidiennes des actions au cours des 12 derniers mois et en pondérant les actions en fonction de leur part dans le portefeuille ou l’indice. Les résultats ont montré que, pour la stratégie GMS, seule une proportion relativement faible de la performance (34%) était issue des trois premières composantes principales, ce qui signifie que les niveaux de diversification sont élevés et que la résilience aux chocs du marché est meilleure. Pour l'ACWI, cette part était de 75%. Données couvrant la période allant du 31.12.2023 au 31.01.2025.
De plus, outre la stratégie GMS, les 16 autres portefeuilles d’actions thématiques de Pictet Asset Management ont tous obtenu un meilleur classement que l’indice ACWI à l'ACP. Ils semblent donc plus diversifiés que l’indice de référence sur cet indicateur.
Les performances de l'ACWI reflètent son biais. Alors que l’indice dans son ensemble a affiché une progression de 17,5% sur la période considérée, si l'on ne retient que la moyenne simple des performances de l’ensemble des actions qu’il contient, la hausse n’est plus que de 5,5% et la médiane s’établit à 1,6%. De plus, près de la moitié des actions (47%) termine effectivement 2024 en recul, même si l’indice global affiche l’une de ses meilleures années historiques.
Fait intéressant, le comportement des investisseurs commence à montrer une certaine inquiétude concernant la forte concentration au sein des indices pondérés par la capitalisation boursière. Les stratégies passives équipondérées ont ainsi récemment enregistré des flux entrants records.
Retournement imminent?
En effet, tout comme le S&P 500, la performance de l’indice MSCI ACWI a été tiré vers le haut par les Sept Magnifiques.
Pourtant, l’histoire nous a appris que la belle série enregistrée par les actions technologiques ne durera pas éternellement. En effet, le retour à la moyenne est l’une des forces les plus puissantes sur les marchés financiers.
Pour savoir à quel point la surperformance d’un secteur industriel est susceptible de retrouver le niveau moyen après une période d'embellie, nous avons analysé les 30 secteurs qui constituent le S&P 500 depuis 1927.Ken French: https://mba.tuck.dartmouth.edu/pages/faculty/ken.french/data_library.htmlNous avons examiné tous les cas où un secteur individuel a surperformé l’indice pendant au moins trois ans. Ensuite, nous avons étudié le comportement de ce même secteur au cours de la période suivant cette série positive.
Probabilité de sous-performance du secteur sur 1, 2 et 3 ans, à la suite d'une période de surperformance
Source: Pictet Asset Management.
Notre étude montre qu’après trois années de surperformance, les probabilités de voir un secteur sous-performer au cours des années suivantes sont à peu près d'une sur deux. Après une période positive de cinq ans, la probabilité d’une longue période de sous-performance augmente à 60%. Ces résultats n'annoncent rien de bon pour les secteurs de l’informatique et des services de communication, qui ont surperformé au cours de cinq des six dernières années (à l’exception de 2022). Ils soulignent la nécessité de sélectionner les actions dans ces domaines.
Bien entendu, la probabilité d’une sous-performance n’est qu’un aspect du risque auquel les investisseurs en actions doivent faire face. L’ampleur de la sous-performance lorsqu'elle se matérialise, en est un autre. Dans notre analyse, un retour à la moyenne pourrait faire perdre 10 à 15% aux anciennes stars du marché boursier en un an, et plus de 30% si la sous-performance persiste pendant trois ans.
De toute évidence, lorsque le leadership du marché change, il peut être significatif. Nous avons pu en voir quelques preuves en janvier. Le lancement de l’assistant d’intelligence artificielle chinois DeepSeek avait alors provoqué une onde de choc dans le secteur technologique. Les droits de douane du président américain Donald Trump ont généré des difficultés supplémentaires pour certaines actions qui étaient auparavant populaires, les investisseurs ayant choisi de prendre leurs bénéfices.
Bien que ces mouvements du marché puissent évidemment être passagers, nous pensons qu’un rééquilibrage plus large pourrait bien être en gestation. La domination des Sept Magnifiques s’explique en grande partie par la forte croissance de leurs bénéfices. Cela dit, elle reflète également un environnement macroéconomique négatif pour d’autres secteurs industriels, caractérisé notamment par des taux d’intérêt qui restent plus élevés pendant plus longtemps et par la faiblesse mondiale de la production manufacturière. Même si notre équipe stratégique perçoit des opportunités d’investissement continues avec l’adoption généralisée de l’IA, elle ne pense pas que ce thème constitue le facteur dominant sur les marchés boursiers à moyen terme, et ce pour quatre raisons principales:
- Il ne s’agit plus uniquement de «croissance». Notre équipe stratégique estime qu’il est peu probable que la croissance en tant que style enregistre une surperformance significative. Les fondamentaux des pays, des secteurs et des actions sont en effet plus importants que les rotations de style portées par la politique des banques centrales. Ainsi, pour la première fois depuis trois ans, l’argument séculaire est équilibré entre les actions de croissance et les actions «value». Ces dernières bénéficieront du soutient des politiques gouvernementales avec le «near-shoring», la réindustrialisation des économies développées et la déréglementation sélective dans l’énergie et les banques.
- Les cours tiennent déjà compte des bonnes nouvelles. La croissance future des Sept Magnifiques se reflète déjà dans les cours de leurs actions. Ce groupe représente près de 33% du marché américain, mais seulement 23% de ses bénéfices. Les valorisations actuelles tablent donc déjà sur une période de surperformance continue des bénéfices. Les possibilités de surprises positives sont donc faibles. En revanche, notre équipe stratégique prévoit que l’écart entre les géants technologiques et le reste du marché se réduira, ce que nous observons déjà avec la saison de résultats actuelle.
- L’instabilité macroéconomique comptera. Bien que ces sociétés soient bien gérées et génèrent une trésorerie disponible solide, que leurs modèles commerciaux soient protégés et qu'elles affichent des perspectives de croissance structurelle, elles ne sont pas à l'abri des craintes qui pèsent sur la croissance économique. Celles-ci devraient selon nous s'intensifier à moyen et long terme avec le ralentissement de la croissance américaine vers son niveau tendanciel.
- La sélection est cruciale. Même si le marché a, dans une large mesure, traité ces sept titres comme une entité unique, ce sont en fait des entreprises assez différentes, avec des dynamiques industrielles distinctes, qui ne fonctionneront pas toujours de manière synchronisée les unes avec les autres. Par ailleurs, l'annonce de l'arrivée de DeepSeek a montré que le leadership dans l’IA n’est pas seulement le résultat d'une «course à l'armement» dans les dépenses d’investissement. Il faut aussi savoir qui saura utiliser au mieux les technologies disponibles, en d’autres termes, les sociétés déjà sur le marché n’ont pas de monopole sur l’innovation.
Avec un équilibre plus marqué entre les performances des actions mondiales, nous devrions assister au début de la sous-performance des indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière, tels que l’ACWI, par rapport au marché d’actions dans son ensemble. Cela donnera aux stratégies gérées activement la possibilité de prendre les devants et de démontrer leurs compétences en matière de diversification.