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Baromètre: Les actions devraient poursuivre leur ascension malgré des valorisations élevées

Multi-actifs 14 min de lecture
Si la flambée des rendements obligataires fait apparaître les actions comme relativement chères, la progression continue des bénéfices des entreprises devrait permettre aux actions de poursuivre leur progression au cours des prochains mois.

Allocation d’actifs: les actions devraient poursuivre leur progression, les résultats éclipsant les valorisations

Après neuf mois de rebond des marchés d’actions et un récent pic des rendements obligataires, certains investisseurs pourraient juger opportun de réduire leur exposition aux actions. À première vue, du moins, les obligations semblent offrir un meilleur rapport qualité-prix que les actions. L’écart entre les rendements sur bénéfices des actions, qui correspondent à l’inverse du ratio cours/bénéfice, et les rendements obligataires est à son plus bas niveau depuis deux décennies.

Les valorisations constituent toutefois un indicateur moins fiable lorsque la croissance des bénéfices des entreprises reste solide (voir Fig.2), raison pour laquelle nous maintenons notre surpondération des actions.

Selon nos estimations, les sociétés composant l’indice actions MSCI World devraient afficher une croissance de leurs bénéfices supérieure à 30% cette année, tandis que les bénéfices des entreprises implantées sur les marchés émergents pourraient progresser de plus de 65%.

Un autre point positif concerne l’évolution de l’inflation: nous prévoyons un apaisement des pressions sur les prix dans les mois à venir, même si la hausse des cours du pétrole a brièvement fait grimper l’inflation globale aux États-Unis à un niveau presque deux fois supérieur à l’objectif fixé.

Il est vrai que certains investisseurs pourraient s’inquiéter des valorisations élevées des actions du secteur de l’IA et des technologies. Mais ce secteur devrait générer plus de la moitié de la croissance mondiale des bénéfices en 2026.

Notre position surpondérée en actions s’accompagne d’un positionnement neutre sur les obligations et d’une sous-pondération en liquidités. La récente hausse du rendement moyen des Global Government Bonds, qui a atteint pour la première fois 4%, a ramené les valorisations sur l’ensemble des marchés obligataires à des niveaux attrayants. Cependant, le niveau élevé de la dette publique et le conflit en Iran devraient maintenir les rendements à un niveau élevé pendant une période prolongée.

Fig.1 - Grille d’allocation d’actifs mensuelle

Octobre 2026

Source: Pictet Asset Management

Nos indicateurs du cycle conjoncturel montrent une croissance mondiale qui fait preuve de résilience.

L’économie américaine connaît une croissance correspondant à son taux potentiel, soit environ 2%. Notre indicateur composite des investissements en capital affiche une hausse supérieure à sa moyenne à long terme depuis 1990, sous l’impulsion des investissements non résidentiels, notamment ceux des entreprises technologiques. Les dépenses liées à l’IA ont augmenté à un rythme annualisé de plus de 20% au cours des deux dernières années, et la Réserve fédérale américaine s’attend à ce que le taux de croissance du PIB américain grimpe jusqu’à 4% au cours des prochaines décennies en raison d’un éventuel boom de la productivité induit par l’IA.

Cela compense largement certaines faiblesses du marché immobilier américain.

Fig.2 – Envolée des bénéfices

Prévisions consensuelles des analystes concernant le bénéfice par action du S&P 500, en dollars

Données couvrant la période allant du 23.09.2024 au 23.09.2026. Source: LSEG, IBES, Pictet Asset Management.

L’économie européenne, quant à elle, bénéficie d’une reprise qui s’étend à la consommation, à l’industrie manufacturière et au commerce. Nous constatons que les dépenses publiques de la région consacrées aux énergies renouvelables, à la défense et aux infrastructures, qui représentent 15% du PIB total de Union européenne, se répercutent progressivement sur l’ensemble de l’économie. Nous pensons que cette relance budgétaire permettra, au fil du temps, au taux de croissance de la région de se rapprocher de celui des États-Unis. Notre analyse montre que les dépenses budgétaires européennes pourraient à terme réduire de moitié l’écart de croissance du PIB entre les États-Unis et l’Europe. 

Le Japon figure parmi les économies les plus robustes des marchés développés, les indicateurs avancés, notamment les enquêtes auprès des entreprises manufacturières et les commandes d’équipements industriels, laissant présager un regain de l’activité industrielle et des dépenses d’investissement.

La Chine reste à la traîne, la faible demande intérieure et la consommation privée modérée pesant sur la deuxième économie mondiale.

Les économies émergentes hors Chine bénéficient cependant d’un commerce mondial résilient et d’investissements importants dans les chaînes d’approvisionnement des secteurs technologiques et manufacturiers.

Notre analyse de la liquidité montre que la croissance résiliente a donné aux grandes banques centrales la marge de manœuvre nécessaire pour donner la priorité à la lutte contre l’inflation. Nous ne voyons toutefois guère d’éléments permettant de penser qu’il s’agit là du début d’un cycle mondial de resserrement durable, étant donné que la dynamique sous-jacente de l’inflation de base reste contenue.

Nos modèles de valorisation confirment notre opinion selon laquelle les conditions actuelles ne justifient pas une réduction de l’exposition aux actions, même si les positions tendues et la possibilité d’une révision à la baisse des prévisions de bénéfices, actuellement élevées, restent des risques.

Notre prime de risque composite des actions aux États-Unis, qui mesure la performance excédentaire que les investisseurs obtiennent par rapport au taux sans risque lorsqu’ils détiennent des actions, s’établit à 250 points de base, soit près de la moitié de sa moyenne historique. Nous considérons cela comme une contrainte importante pesant sur les rendements à moyen terme plutôt que comme un signal immédiat de vendre purement et simplement ses actions. Cependant, une nouvelle hausse de 50 points de base des rendements obligataires américains à 10 ans ou une augmentation de 10 à 15% du multiple de valorisation du S&P 500 ferait basculer les valorisations relatives dans une zone qui, historiquement, a précédé de fortes corrections de marché.

Par ailleurs, nos indicateurs techniques confirment notre position surpondérée en actions, les fonds alternatifs devant mobiliser une plus grande partie de leurs liquidités d’ici la fin de l’année.

Secteurs et régions des actions: suivre les résultats

La forte croissance des bénéfices des entreprises est la principale raison pour laquelle nous conservons une surpondération des actions mondiales, et c’est également le principal facteur qui détermine notre répartition par région et par secteur.

Au niveau régional, c’est sur les marchés émergents que nous observons le plus fort potentiel de croissance des bénéfices. Notre modèle top-down (basé sur les prévisions macroéconomiques de Pictet Asset Management, ajustées des résultats réels publiés à ce jour) suggère que les bénéfices des pays émergents seront cette année supérieurs d’environ 66% à ceux de 2025. À titre de comparaison, nous tablons sur une croissance de 30% aux États-Unis et de 15% dans la zone euro.

Notre vision positive concernant les pays en développement reflète une situation macroéconomique saine, soutenue par un commerce mondial résilient et des dépenses d’investissement soutenues relatives aux chaînes d’approvisionnement des secteurs technologiques et manufacturiers. Selon nos économistes, le PIB des marchés émergents devrait progresser de 3,8% cette année, contre 1,6% pour les pays développés.

La demande chinoise d’importations en provenance des marchés émergents reste forte malgré la faiblesse de son économie intérieure, ce qui contribue à maintenir des conditions extérieures favorables. Si l’on y ajoute des flux de capitaux positifs et une demande croissante de métaux industriels pour soutenir l’électrification, cela constitue un argument de poids en faveur du maintien d’une surpondération des actions des marchés émergents hors Chine. 

La situation des actions américaines est plus nuancée. Du côté positif, on note le soutien apporté par les dépenses d’investissement liées à l’IA et la résilience des marchés du travail. Mais jusqu’à présent, peu d’éléments indiquent que les investissements dans l’IA se traduisent par une croissance économique durablement plus solide ou par une productivité accrue. En attendant que cela se concrétise, nous préférons rester neutres.

Nous adoptons également une position neutre vis-à-vis de l’Europe, où l’impulsion positive générée par les dépenses budgétaires est contrebalancée par une plus grande vulnérabilité face aux prix élevés du pétrole.

Fig.3 – L’IA est source de valeur

Ratio C/B à terme sur 12 mois des principales valeurs mondiales du secteur de l’IA (en valeur absolue et par rapport au marché)

Source: MSCI, LSEG, Pictet Asset Management. Les valeurs mondiales du secteur de l’IA incluent Nvidia, Microsoft, Broadcom, Meta, Amazon, Alphabet, Oracle, Palantir, AMD, Arista, Micron Tech, Applied Materials, LAM, KLA, Synopsys, Intel, Cadence Design, Marvell, Monolith Power, Dell, HPE, Pure Storage, SMC, Teradyne, Entegris, SAP, ARM, Samsung, TSMC, SK Hynix, ASML, ARM, Tokyo Electron. Données couvrant la période allant du 23.09.2011 au 23.09.2026.

Parmi les secteurs, nous continuons de privilégier l’informatique, qui bénéficie d’une forte croissance des bénéfices, d’une augmentation des investissements dans l’IA et d’une amélioration des perspectives de résultats. D’après notre analyse, les entreprises de l’IA à très forte capitalisation représentent encore environ 41% du total des bénéfices des entreprises mondiales et les deux tiers de la croissance mondiale des bénéfices. De plus, les valorisations sont désormais plus attrayantes: pour la première fois depuis le début de l’essor de l’IA, ces entreprises se négocient avec une décote par rapport à l’ensemble du marché, si l’on se base sur les ratios cours/bénéfices à terme sur 12 mois (voir Fig.3).

Nous voyons également un potentiel dans les valeurs financières, qui devraient bénéficier de taux d’intérêt plus élevés et de la vigueur des emprunts des entreprises.

Les perspectives pour les biens de consommation discrétionnaire se sont également améliorées, l’inflation étant en passe de revenir à la normale l’année prochaine et le marché de l’emploi américain se stabilisant. Nous relevons donc le secteur à neutre.

À l’inverse, nous abaissons les titres industriels à niveau neutre, afin d’éviter une exposition excessive aux segments de l’économie les plus gourmands en énergie et les plus sensibles aux variations des taux d’intérêt.

Nous restons également prudents vis-à-vis des biens de consommation de base, un secteur qui pénalisé à la fois par son caractère trop défensif dans un environnement d’investissement relativement favorable et par des difficultés structurelles liées à l’évolution des comportements des consommateurs, auxquels les acteurs en place ont mis du temps à s’adapter.

Obligations et devises: les obligations d’État ne constituent pas encore une «opportunité d’achat»

Le rendement moyen des obligations d’État mondiales de l’indice Bloomberg Treasury ayant franchi la barre des 4% ces dernières semaines, un niveau inégalé depuis 2000, les investisseurs pourraient être tentés d’allouer une part plus importante de leur capital aux titres à revenu fixe pour des raisons de valorisation. Les arguments en faveur de cette démarche semblent d’autant plus convaincants que le rendement sur bénéfices offert par les actions du S&P 500, qui correspond à l’inverse du ratio cours/bénéfice, se situe à son plus bas niveau par rapport aux obligations souveraines depuis plus de 20 ans.

Les titres d’État à plus courte échéance semblent particulièrement bon marché. Selon nous, les rendements de ces titres anticipent davantage de hausses des taux d’intérêt aux États-Unis que ce que la Fed finira par mettre en œuvre. Nous sommes en effet d’avis que les pressions inflationnistes devraient finir par s’atténuer.

Pour autant, nous ne sommes pas convaincus par les arguments en faveur d’une surpondération de la dette publique.

Même si nous pensons que la banque centrale américaine relèvera ses taux de manière moins agressive que ne le prévoient les marchés, il existe d’autres risques que l’inflation qui pourraient continuer à semer la tourmente sur les marchés obligataires.

Tout d’abord, les déficits du secteur public restent obstinément élevés, ce qui exerce une pression à la hausse sur les coûts des emprunts publics. Dans le même temps, la croissance économique aux États-Unis et dans d’autres régions du monde continue de dépasser les prévisions consensuelles.

Il y a ensuite les changements potentiels concernant le cadre de fixation des taux d’intérêt de la banque centrale américaine. Alors que le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, s’est engagé à examiner, entre autres, la manière dont l’institution mesure l’inflation et les moyens de prévenir de futurs dépassements de l’inflation, tout changement d’orientation pourrait entraîner une nouvelle flambée des taux. C’est pourquoi nous préférons conserver un positionnement neutre sur les obligations d’État des marchés développés.

Fig.4 – Les marchés anticipent des hausses de taux agressives

Taux d’intérêt, historiques et implicites, aux États-Unis, en Europe, au Royaume-Uni et au Japon

Source: Pictet Asset Management; fourchette prévisionnelle jusqu’au 31.12.2028

Afin de nous prémunir davantage contre d’éventuels changements imprévus dans le cadre de politique monétaire de la Fed et contre de nouveaux bouleversements géopolitiques, nous maintenons également notre surpondération de l’or.

Les obligations en devise locale des marchés émergents offrent toutefois un meilleur rendement aux investisseurs à la recherche de revenus. Contrairement aux prévisions et à l’expérience passée, les économies émergentes se sont montrées résilientes après le déclenchement du conflit entre les États-Unis et l’Iran. La croissance est restée robuste, soutenue par une consommation intérieure solide et à une forte progression des exportations. Les devises des marchés émergents ont également affiché une volatilité moindre que par le passé lors des envolées des prix de l’énergie. Parallèlement, les rendements des obligations en devise locale n’ont augmenté que de 60 points de base en moyenne, comme l’indique l’indice obligataire JPMorgan GBI-EM. Il s’agit d’une hausse bien moins importante que celle de plus de 100 points de base observée sur les marchés obligataire américaine, témoignant de la nouvelle stabilité de cette classe d’actifs.

Vue d’ensemble des marchés mondiaux: les marchés obligataires s’effondrent

Les principaux marchés obligataires ont enregistré une baisse généralisée, les inquiétudes s’intensifiant face à l’explosion des prix de l’énergie et au coût croissant du service de la dette publique américaine, qui s’élève à 40 000 milliards de dollars. Le marché des bons du Trésor a connu sa plus forte correction hebdomadaire jamais enregistrée, hissant les rendements à 10 ans au-dessus de 5,2%, leur plus haut niveau depuis 2007, tandis que les rendements à 30 ans ont dépassé les 5,5% pour la première fois depuis 2004.

Les obligations d’État européennes ont perdu plus de 2%, les inquiétudes croissantes concernant les perspectives budgétaires de la France à l’approche de l’élection présidentielle de 2027 ayant fait grimper la prime exigée par les investisseurs pour détenir de la dette française par rapport à l’équivalent allemand à son plus haut niveau depuis la crise financière de 2008.

Même les obligations des marchés émergents n’ont pas échappé à la débâcle, le raffermissement du dollar américain et la hausse des prix de l’énergie ayant intensifié la pression sur les économies importatrices d’énergie.

Fig.5 - Poussée des rendements

Rendements obligataires des bons du Trésor américain à 10 ans (%)

Données couvrant la période allant du 23.09.2025 au 23.09.2026. Source: LSEG, Pictet Asset Management.

Les actions mondiales ont clôturé le mois en baisse, les investisseurs étant de plus en plus nerveux à l’idée que les principales banques centrales suivent l’exemple de la Fed en resserrant leur politique monétaire, ce qui pourrait peser sur la croissance et les perspectives de bénéfices des entreprises.

Les secteurs sensibles aux taux d’intérêt, tels que l’immobilier et les services aux collectivités, ont figuré parmi les plus touchés, tandis que les matériaux et les biens de consommation discrétionnaire, davantage exposés aux cycles économiques, ont également reculé. Les services informatiques et de communication ont contrecarré la tendance, les solides résultats et prévisions de ces secteurs ayant incité les investisseurs à renforcer leur exposition. Les valeurs du secteur de l’énergie ont terminé le mois sur une note globalement stable.

Les actions américaines ont terminé le mois globalement inchangées, tandis que les autres actions des marchés développés ont reculé d’environ 1%. Les actions latino-américaines ont affiché les meilleures performances, en hausse d’environ 0,6% grâce à la vigueur des prix des matières premières. Les actions asiatiques ont progressé de 0,3%, attirant des flux entrants dans leurs secteurs de la technologie et de la fabrication de pointe.

Les cours du pétrole ont augmenté de près de 18% sur le mois, portant leur gain depuis le début de l’année à plus de 70%.

Le dollar s’est apprécié sur l’ensemble des marchés après la hausse des taux d’intérêt décidée par la Fed. Le yen a gagné plus de 1% après un mois marqué par une forte volatilité, au cours duquel la devise s’était raffermie suite à des signes d’intervention, avant de reculer en réaction au relèvement des taux américains. L’euro, la livre sterling et le franc suisse ont perdu environ 2% par rapport au dollar.

En bref

Baromètre octobre 2026

  • Allocation d’actifs

    Nous maintenons notre position surpondérée sur les actions, du fait que les bénéfices des entreprises restent solides et que l’inflation devrait s’atténuer dans les prochains mois.

  • Régions et secteurs des marchés actions

    Du côté des actions, nous privilégions les régions et les secteurs qui offrent les meilleures perspectives de croissance des bénéfices, comme les marchés émergents et l’informatique.

  • Obligations et devises

    Bien que les obligations d’État offrent désormais des rendements attrayants, nous ne sommes pas convaincus que le pire soit passé pour les marchés obligataires des pays développés. Nous conservons donc une position neutre sur les obligations d’État et surpondérons la dette en devise locale des marchés émergents. 

Les informations, opinions et estimations contenues dans le présent document reflètent un jugement à la date originale de publication et sont soumises à des risques et incertitudes susceptibles d’entraîner des résultats effectifs très différents de ceux qui sont décrits dans le présent document.